Aller au contenu

CRKDR Centre Val-de-Loire

Les escrimes japonaises en Centre Val-de-Loire

1543 – 1890. Avant qu'un Français ne pousse la porte d'un dojo, trois siècles de rencontres, de ruptures et de missions militaires ont préparé le terrain. Ce premier volet suit ce fil, des premiers navires portugais abordant le Japon jusqu'aux officiers français envoyés former l'armée impériale.

Texte et rassemblement des archives : Vincent Guadarrama.

1543 – 1650

L’arrivée d’un premier souffle japonais et inversement français

Lorsque l’on évoque le Japon, et les premiers étrangers ayant foulé le sol japonais, on pense certainement aux grands explorateurs de l’époque : les navigateurs anglais, hollandais, espagnols et portugais. Peut-être l’esprit de Marco Polo avec son « Cipango » avait déjà poussé ces aventuriers à s’aventurer sur ces territoires inconnus. Ce sont bien les Portugais, qui ont accompli cet exploit en 1543 en accostant sur l’île de Tanegashima, au sud du Japon. … (dont pour la toute petite histoire, nous pouvons encore aujourd’hui en apprécier toute la saveur ! voir clic !) Six années plus tard, c’est au tour du premier missionnaire, le jésuite espagnol saint François Xavier, d’aborder en 1550 à Hirado, une petite île rattachée à celle de Kyushu, accompagné du père Cosme de Torres et d’un autre missionnaire, Juan Fernández. Cette toute première foi chrétienne introduite au Japon, a pour retour, l’envoi en 1585, d’une première ambassade de chrétiens japonais à Rome auprès du pape Grégoire XIII. Rivalités des ordres religieux, menaces pour le pouvoir en place. Le christianisme sera ensuite interdit à partir de 1614, et les missionnaires expulsés.

Inversement, peu de gens connaissent le lieu et la date des premiers Japonais ayant posé les pieds sur le sol français. Les personnages sont identifiés : il s’agit de Hasekura Tsunenaga (支倉六右衛門常長?, (1571-1622) également appelé Don Felipe Francisco Hasekura. Converti au christianisme, il dirigea une ambassade vers la Nouvelle-Espagne puis vers l’Europe entre 1613 et 1620. Suite à de mauvaises conditions de mer entre l’Espagne et l’Italie, il se déroute vers Saint-Tropez. C’est le premier contact direct connu entre Français et Japonais. Sa mission était d’établir des relations commerciales entre le Japon et l’Occident en échange de droits pour les missionnaires.

Planisphère « The travels of Hasekura Tsunenaga » traçant son voyage du Japon à Rome entre 1613 et 1620

Sources :

Hasekura Tsunenaga — Wikipédia (wikipedia.org) Premier contact historique entre le Japon et la France | Fudoshinkan - le magazine des arts martiaux Connaissez-vous Hasekura Tsunenaga, le Japonais de Saint-Tropez ? (radiofrance.fr) 6 octobre 1615 : un - Nice-Matin (nicematin.com) SHUSAKU ENDO « l’extraordinaire voyage du Samouraï Hasekura » Édition Buchet/Chastel) Un Japon rêvé : du XVIe au XVIIIe siècle | Gallica (bnf.fr)

Société Franco-Japonaise de Paris fondée

en 1900 (extrait ci-dessous 🙂

on cite tout spécialement Otomo, Arima et Omoura, tous trois de Kiou-shiou. Dans les dernières années du règne de Nobunaga, ces trois seigneurs envoyèrent une ambassade à Rome, dont Voltaire parle en ces termes : « La célèbre ambassade de trois princes chrétiens japonais, au pape Grégoire XIII, est peut-être l’hommage le plus flatteur que le Saint-Siège ait jamais reçu. Tout ce grand pays, où il faut aujourd’hui abjurer l’Évangile, et où les seuls Hollandais sont reçus, à condition de n’y faire aucun acte de religion, a été sur le point d’être un royaume chrétien et peut-être un royaume portugais. Nos prêtres y étaient honorés plus que parmi nous ; aujourd’hui leur tête y est à prix »

Photographie en contre-plongée d'une statue de bronze de samouraï, bras tendu, palmiers et ciel bleu

Statue de Tsunenaga La Havane (CUBA)

Statue de bronze de Hasekura Tsunenaga vue de dos en contre-plongée, sabre au côté, entourée d'arbres

Statue of Hasekura Tsunenaga (Coria del Río, Province de Séville, Andalousie)

En octobre 1614, une délégation japonaise conduite par Hasekura Tsunenaga s’installe à Coria del Río (Espagne). Cette ville sévillane ajoute ainsi à son héritage romain et mauresque un lien étroit avec le Japon. Cette présence est encore dans les mémoires et a été perpétrée par quinze générations d’Andalous dont le nom de famille « Japon » évoque leurs ancêtres.

Source : gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k96890965.r=VOLTAIRE?rk=2… p38 Conférence de M. Nagaoka : les premières relations de l’Europe avec le Japon p35 à 48 Les mirages chinois et japonais chez Voltaire

Inversement, l’un des premiers Français foulant les terres du Japon serait l’explorateur et aventurier François Caron en 1619, qui, après y avoir séjourné plus de 20 ans, retournera en Hollande, puis en France. En 1664, il sera nommé par Colbert, à la tête de la Compagnie Française des Indes Orientales nouvellement créée. Son histoire est racontée ci-dessous :

François Caron (explorateur) — Wikipédia (wikipedia.org) et ci-après :

Couverture du livre « Le puissant royaume du Japon, 1636 », éditions Chandeigne, décor de samouraïs en rouge

Le Puissant Royaume du Japon, de François Caron - Welcome to Nebalia (over-blog.com)

1650 – 1866

La conservation d’un souffle intérieur

La fermeture du Japon (1650-1842)

Le sakoku (鎖国?, littéralement « fermeture du pays »), initialement Kaikin (海禁?, littéralement « mer interdite »), est la politique commerciale japonaise instaurée lors de l’époque d’Edo (précisément entre 1650 et 1842) par Iemitsu Tokugawa, shogun de la dynastie des Tokugawa. La politique commence avec l’expulsion des missionnaires chrétiens, puis la limitation des ports ouverts aux étrangers, l’interdiction d’entrer ou sortir du territoire pour tout Japonais sans autorisation sous peine de mort, l’expulsion de tous les étrangers illégaux et la destruction des navires militaires hauturiers.

Sources : La première évangélisation du Japon XVIe-XVIIe s. Perspectives japonaises Histoire et missions chrétiennes 2009/3 Revue Histoire et missions chrétiennes 2009/3 | Cairn.info Le samouraï Anjiro Anjirō — Wikipédia (wikipedia.org) « Silence » de Shusaku Endo (célèbre romancier japonais) ou encore « Silence » du cinéaste Martin Scorsese racontant l’histoire des missionnaires jésuites portugais au Japon au cours du XVIIe siècle. Les 26 crucifiés de Nagasaki

La situation de la Chine (1842-1866)

Il est également important d’aborder ce contexte géopolitique : la situation de la Chine et des puissances occidentales dans cette partie du monde.

La Chine est convoitée par les puissances occidentales qui souhaitent accéder à son marché intérieur. Ce sont les Anglais qui sont les plus engagés avec l’ambition entre autres d’exporter leur industrie textile. Les autres nations essayent de suivre ce même chemin : commerce mais également évangélisation (France et États-Unis). Depuis 1773 déjà, le Royaume-Uni fait commerce de l’opium en provenance de Perse et des Indes jusqu’à Canton, malgré des interdictions répétées des autorités chinoises. En 1839, la sécurité des marchands est compromise, les Anglais décident alors une intervention militaire, qui aboutira à la prise de Changai et de Nankin.

Cette 1re guerre de l’opium prend fin en août 1842 et accorde des avantages commerciaux, économiques, douaniers et judiciaires aux Anglais. L’île de Hong Kong devient alors colonie britannique. Les autorités chinoises, contraintes et forcées, préférèrent éviter ainsi tout mouvement éventuel anti-dynastie Qing, parmi sa propre population.

En juillet 1844, la France et les États-Unis obtiennent des avantages commerciaux et sont autorisés à poursuivre le développement de leurs œuvres missionnaires.

À Canton, des émeutes sérieuses se produisent : les exportations anglaises concurrencent l’artisanat local, et l’ouverture d’autres ports modifie les schémas habituels de transports de marchandises, mettant au chômage de nombreux bateliers et transporteurs. Les autorités chinoises laissent « pourrir » la situation, sachant qu’un nouvel empereur « Hien Fong » monte sur le trône, l’intérêt de l’empire chinois est de renforcer l’autorité de la dynastie mandchoue en poste. Cependant, un mouvement révolutionnaire apparait : la rébellion des Taipings. (La défaite de 1842, la présence des Anglais, les difficultés financières et du commerce, les mauvaises récoltes de 1846-1847) sont autant d’éléments de mécontentement. Deux sociétés secrètes apparaissent alors :

- la société de la Triade dont l’objectif est de remplacer la dynastie mandchoue (Qing) au pouvoir, par une dynastie chinoise,

- la société des Adorateurs de Dieu dirigée par un fanatique religieux « Hong » syncrétique qui arrivera à monopoliser 120 000 hommes contre les garnisons mandchoues. Il contrôle alors le centre de l’empire. La guerre civile dévaste les régions chinoises les plus riches et entrave le développement du commerce des occidentaux. Royaume-Uni, France et États-Unis souhaitent renégocier les traités de 1844, quitte à employer la force, pour obliger le gouvernement impérial affaibli à ouvrir plus largement la Chine. Deuxième guerre de l’opium (1856-1860), Anglais et Français s’unissent et en fin d’année 1857, et après un ultimatum, bombardent la ville de Canton puis l’occupent une nouvelle fois. L’escadre franco-anglaise fait également le forcing en mai 1858 devant l’embouchure de Pei-ho (dont le fleuve passe par la ville de Tongzhou à quelques dizaines de kilomètres de Pékin). De ce blocus, ils obtiennent l’élaboration de nouveaux traités plus favorables. Toutefois la ratification de ce traité en juin 1859 est compromise par les Chinois qui bloquent à leur tour l’embouchure du Pei-ho. La France et la Grande-Bretagne, pour ne pas subir un échec retentissant et perdre toute influence en Chine, lèvent en conséquence un corps expéditionnaire (7 000 Français et 11 000 Anglais) qui avanceront jusqu’à Pékin. En octobre 1860, ils obtiennent la ratification du traité de 1858, avec des conditions complémentaires d’ouverture de la Chine plus importantes. Cependant la situation économique reste toujours « plombée » par la rébellion des Taiping, et pour s’y soustraire, seule une assistance militaire (armes, munitions et formation militaire) serait la bienvenue aux troupes impériales. Une coopération est alors organisée avec le pouvoir mandchou en place : Grande-Bretagne et France participent aux opérations. Le gouvernement des Taiping tombe : les puissances étrangères accèdent alors au marché intérieur de la Chine, la dynastie mandchoue (Qing) se renforce et c’est l’impératrice douairière Cixi (ou Tseu-Hi) qui à partir de 1861 exercera en fait la réalité du pouvoir, derrière le « rideau » des différents trônes impériaux, jusqu’en 1908.

Carte de l'Extrême-Orient : expansion du Japon, ports ouverts aux étrangers dès 1854, guerres contre la Chine et la Russie

CARTE DE L’EXTREME ORIENT ET INFLUENCES

Sources : « La question de l’Extrême-Orient 1840-1940 Pierre RENOUVIN »

1853 – 1890

L’émergence d’un nouveau souffle extérieur

1853 L’ouverture du JAPON

De cette situation géopolitique, l’empire japonais ne peut plus rester fermé et isolé. Il intéresse plus particulièrement les États-Unis et la Russie, en raison des escales portuaires qu’il pourrait offrir sur les routes maritimes conduisant à la Chine. C’est donc en 1853 que le commodore Perry se presse devant le Japon et remet une lettre adressée par le président des États-Unis, pour la signature d’un traité d’amitié et de commerce, devançant l’escadre russe qui a appareillé dans ce même but. Il reviendra en mars 1854 avec une escadre renforcée et obtiendra l’ouverture de pourparlers. Les États-Unis obtiendront dès 1857 l’ouverture de ports. Angleterre, France, Hollande réaliseront des conventions analogues, suivies par la Russie et le Portugal.

1856

Photographie ancienne en noir et blanc du portail monumental et des bâtiments du kobusho, école militaire du shogunat

L’un des bâtiments du kobusho

La structuration des troupes shogunales s’organise vers 1850, et pour stimuler les guerriers japonais affaiblis par plus de 200 ans de paix, le Bakufu crée à EDO en 1856 une école d’arts martiaux, académie militaire, le « kobusho » s’adressant aux gardes officiels. Le Kobusho enseignait non seulement le Kenjutsu, mais aussi le sojutsu (la lance), le hojutsu, kyujutsu, jujutsu… Les élèves samouraïs préféraient la tradition du sabre, à l’instar des autres apprentissages tels que la manipulation des fusils. Toutefois un deuxième établissement sera créé 2 ans plus tard dans cette spécialité. En 1866 : le Kobusho sera fermé, puis transformé en école de formation des instructeurs de Hojutsu.

sakikabara kenkichi - Recherche (bing.com)

1858 : C’est la première délégation officielle conduite par le Baron GROS qui permet la signature le 09 octobre, du traité de paix et d’amitié entre la France et le Japon, permettant l’ouverture aux Français de 5 ports (Hakodate, Kobe, Nagasaki, Niigata et Yokohama) ainsi que la ville d’Edo et d’Osaka. Ce traité avait été traduit en katakana par l’interprète français Eugène-Emmanuel MERMET-CACHON, prêtre français, qui avait pu séjourner dans les îles Ryu Kyu et apprendre la langue. Au total, la Société des Missions Étrangères de Paris avait pu envoyer 8 prêtres depuis 1846, dans l’espoir de pouvoir pénétrer le Japon.

1862 Le gouvernement shogunal (Bakufu) publie des mesures pour organiser ses troupes militaires en 3 armes : infanterie, artillerie, cavalerie, à l’image des troupes européennes. Un besoin d’instructeurs se fait ressentir.

1864 : Léon ROCHES, ministre de France arrive au Japon et obtient la confiance du Bakufu, même si des incidents contre les étrangers se produisent dans des fiefs du sud (Incidents des marins du Sémiramis et du Dupleix tués aux combats de Shimonoseki les 5 et 6 sept. 1864).

1865 : Une ligne maritime est ouverte entre la France et le Japon, et contribue à relancer l’industrie et le commerce de la soie. Les élevages de vers à soie avaient été sérieusement affectés par la pébrine en France quelques années auparavant. Graines et balles de soie sont expédiées de Yokohama à Lyon qui devient capitale de l’industrie textile. Vers 1872, la première filature industrielle de soie sera construite au Japon à Tamioka afin de répondre aux demandes étrangères en plein essor.

L’ère Meiji et les missions militaires françaises

1866 : Une mission militaire française de 15 instructeurs, conduite par le chef d’état-major, Charles CHANOINE est envoyée au Japon ; elle sera chargée de former à l’entrainement militaire les soldats japonais et d’organiser une armée de terre moderne

1867 : le Bakufu est déposé au profit de l’autorité de l’empereur, des troubles se produisent et une guerre civile éclate de 1868 à 1869 (guerre de Boshin) où le capitaine d’artillerie, Jules BRUNET, appartenant à la mission militaire française, se fait remarquer. Parmi ces troubles : des marins du Dupleix seront massacrés à Sakai le 8 mars 1868 (cf. Conférence du consul de France du 18/12/1906 sur les monuments commémoratifs français au Japon) cf. Bulletin de la société franco-japonaise de Paris p24 à 51) La mission militaire est installée à Otamura, proche de Yokohama. Elle se focalise sur l’instruction des cadres japonais et non pas sur les soldats. Le constat de Charles CHANOINE est éloquent : insuffisances physiques militaires (absence de gymnastique, courses) bien éloignées d’un entrainement dans une salle d’armes, insuffisance de manuels occidentaux sur la tactique et l’art militaire, insuffisance de connaissances scientifiques (mathématiques…), carences en écoles militaires et instructions, équipements : difficultés des Japonais à s’habituer au port de chaussures à la place de sandales, défaut d’atelier et d’usines militaires (fourriers, harnachements, armement, poudre, fonderie spécifique…).

Sources : Vidéo sur l’histoire de Jules Brunet : youtu.be/GNsswwE3VZI Le véritable dernier Samouraï : l’épopée japonaise du capitaine Brunet | Cairn.info Le très bon reportage (vidéo) sur l’incident de Sakai Histoire d’Eugène Collache « une aventure au Japon 1868-1869 », dans Le Tour du Monde n° 707, 1874

Photographie de groupe de la mission militaire française en uniforme et sabres, avant son départ pour le Japon en 1866

L’équipe militaire avant le départ pour le Japon (1866). Jules Brunet (officier coiffé, assis à la gauche du capitaine Chanoine qui est debout au centre)

Portrait photographique de l'empereur Meiji (Mutsuhito) en uniforme militaire occidental, grand cordon et décorations

L’empereur MEIJI : MUTSUHITO, qui régna du 03/02/1867 au 30/04/1912

Photographie du dernier shogun Tokugawa Yoshinobu assis en costume de cour japonais, coiffé de l'eboshi

Le dernier Shogun : TOKUGAWA Yoshinobu Qui régna de janvier 1867 au 3 mai 1868

Portrait en pied d'un homme en uniforme militaire français, sabre au côté et bottes, main sur la hanche

(ici en uniforme français)

Anecdote : d’un shogun aux arts martiaux

Le duc Tokugawa Yasuhisa est le troisième président de l’International Martial Arts Federation, fondée en 1952, qui est la plus ancienne et prestigieuse fédération d’arts martiaux japonais. Il est l’arrière-petit-fils de Tokugawa Yoshinobu (1837-1913), dernier shogun du Japon. Il est aujourd’hui le 18e shogun descendant de Tokugawa Ieyasu (1602-1674). Depuis janvier 2013, il est également prêtre en chef (gūji) du sanctuaire shintoïste Yasukuni-jinja.

L’ère Meiji (1868-1912) (= « gouvernement éclairé »).

La rébellion pro-Tokugawa à laquelle ont participé Jules Brunet et 8 autres Français, est étouffée par les forces de l’empereur Meiji sur l’île retranchée d’Ezo, où Enomoto Takeaki avait pu constituer une république indépendante. Le Stonewall (rebaptisé Kotetsu), cuirassé à vapeur construit à Bordeaux en 1863, passé sous pavillon danois, puis américain, puis vendu au Japon, sera récupéré par le nouveau gouvernement Meiji. Il interviendra dans cette guerre de Boshin et deviendra « le fer de lance » des forces navales japonaises.

Photographie ancienne d'un navire de guerre cuirassé à éperon, deux mâts gréés et cheminée, à l'ancre
Gravure d'un combat naval : navires à vapeur canonnant devant une côte montagneuse, gerbes d'eau

Le Kotetsu à la bataille de Hakodate en 1869

Le Kōtetsu (甲鉄艦, kōtetsukan, « cuirassé » en japonais), aussi connu sous les noms de Sphinx, CSS Stonewall et Azuma, est une frégate de type bélier cuirassé, construite à Bordeaux en 1863. Il est alors aussitôt utilisé pendant les batailles de la baie de Miyako et de la baie de Hakodate, où il participe de manière décisive à la victoire des Meiji sur la sécession Shogun de la république d’Ezo. Il reste en service comme vaisseau amiral de la flotte japonaise jusqu’en 1888.

Vaincus, les résistants d’Ezo capitulent mais les Français trouvent une échappatoire en s’embarquant sur un navire français, le Coëtlogon. Cette première mission militaire française s’est terminée dès le basculement du pouvoir du Shogun vers le nouveau pouvoir de l’empereur Meiji, soutenu par les clans du sud (Satsuma, Chôshû, Tosa) et la politique anglaise de Sir Harry Parkes.

Mission diplomatique japonaise et 2e mission militaire française (1871-1880)

Le Japon se transforme et se modernise suite à la pénétration des influences occidentales en Extrême-Orient et par la volonté de ses propres réformateurs japonais, s’appuyant sur sa noblesse militaire devenue instrument de sa rénovation. En 1871 une mission diplomatique japonaise (mission Iwakura) se rend aux États-Unis puis en Europe dans le but de renégocier les traités inégaux, mais également collecter des informations dans les domaines économiques, scientifiques, éducatifs, politiques et militaires. Elle reviendra au Japon en 1873. En 1876, le port du sabre est interdit par décret impérial, la classe des samouraïs est dissoute et les arts martiaux tombent en désuétude avec l’introduction des techniques militaires occidentales. Le pouvoir impérial souhaite absolument réformer son armée appartenant initialement aux clans, par un système moderne centralisé, renforçant son pouvoir national et asiatique, ainsi que son entrée dans la sphère des grandes puissances. En dépit de l’apport des militaires français et des liens étroits qui s’étaient noués avec l’ancien régime shogunal, des agissements personnels de quelques Français dans le camp des rebelles à Ezo, ou encore de la défaite de la France face à la Prusse durant la guerre 1870-1871, le pouvoir impérial choisit de faire appel au savoir-faire français pour la restructuration de son armée de terre. C’est un nouveau succès pour la diplomatie française, qui après s’être trouvée dans des situations très embarrassantes regagne une grande partie de son aura auprès du nouveau pouvoir impérial. De 1872 à 1880, 39 Français travaillent dans le cadre de la deuxième mission militaire française au Japon, conduite par Charles de MARQUERIE, puis par Claude MUNIER. Organisation et restructuration de l’armée de terre impériale : Ils participent à la création de 4 établissements militaires dont des écoles de sous-officiers et officiers « Gakko TOYAMA », une école de tir, une académie militaire à ICHIGAYA, une usine de poudre à canon et ateliers divers de fournitures, un arsenal de fabrication d’armes et de munitions à Yokosuka, choisi comme port militaire stratégique dès 1865 par l’ingénieur français François-Léonce VERNY.

Photographie ancienne du long bâtiment à l'occidentale de l'académie militaire d'Ichigaya, à Tokyo, en 1874

Académie militaire d’Ichigaya (1874)

Photographie ancienne de l'arsenal de Yokosuka : baie, digue, hangars et embarcations au bord de l'eau

L’arsenal de Yokosuka

De nombreux ouvrages français sur les pensées politiques furent traduits au début de l’ère Meiji. Citons parmi les divers intellectuels traduits : Montesquieu (1689-1755), Voltaire (1694-1778), Jean-Jacques Rousseau (1712-1778), Alexis de Tocqueville (1805-1859), etc., ainsi que des manuels français militaires (règlements, tactique, techniques), d’instruction et d’apprentissage du français. Aux trois armes (infanterie, cavalerie, artillerie), sera ajouté un corps de génie militaire, ainsi qu’une musique militaire créée par les instructeurs français (Gustave Dragon, puis Charles Leroux).

Page imprimée japonaise portant le portrait dessiné d'un Occidental, tirée d'une biographie de Napoléon

Biographie de Napoléon publiée 1857

Couverture japonaise gravée d'une traduction de L'Esprit des lois de Montesquieu, publiée sous l'ère Meiji

Montesquieu l’esprit des lois traduit par Noriyuki (1840-1923)

Page de titre en français d'un « Livre pour l'instruction dans l'école … à Yedo », volume I, première édition
Couverture japonaise imprimée d'une traduction d'un texte de Tocqueville, publiée sous l'ère Meiji

Alexis de Tocqueville De la démocratie en Amérique,

Couverture japonaise imprimée d'un manuel militaire de 1869, traduction de l'organisation de l'infanterie française

Hōkoku hohei enpan shōtai senpō, Matsushirohan Heiseikyoku, 1869 Une traduction de l’organisation militaire française [特39-893]

Couverture japonaise imprimée du « Minyakuron », traduction du Contrat social de Rousseau, ère Meiji

Jean Jacques ROUSSEAU Du Contrat social, Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes et Émile, ou De l'éducation

La loi de janvier 1873 instaure le service militaire obligatoire. Le service actif est de 3 ans pour l’armée régulière. Les personnes non incorporées sont dirigées vers une armée nationale (ou milice) chargée en cas de guerre de la défense du territoire. 1877 est la dernière guerre intérieure, dite rébellion de Satsuma, conduite par Saigo Takamori. Ce clan (qui avait participé à la restauration de l’empereur MEIJI, contre le shogunat) rentre en opposition contre la politique impériale de modernisation trop rapide : l’administration créant de nouveaux pôles intellectuels, économiques, et de pouvoirs, l’abolition des statuts et privilèges (exemple : ceux des domaines féodaux remplacés par des préfectures (ken)) et la perte des valeurs anciennes. Au cours de cette révolte, une unité policière du pouvoir impérial les Battotai, composée d’anciens samouraïs, se distinguera en combattant au sabre les rebelles à Tabaruzaka. Leur succès aura par la suite une incidence non négligeable sur le retour du kenjutsu et les valeurs du bushido. La bataille ultime se terminera sur la colline de Shiroyama (près de Kagoshima), où 500 samouraïs encerclés livreront leur dernier combat héroïque, et où Saigo Takamori, blessé, effectuera le seppuku.

Durant toute cette période de mutation politique, industrielle, économique, administrative, et militaire, de jeunes officiers sont envoyés en Europe (dont le futur amiral Togo en Angleterre) ainsi que de nombreux étudiants futurs responsables, ingénieurs et cadres techniques. Le développement économique est tourné vers les industries textiles et métallurgiques. La participation des étrangers (ingénierie, technicité et finance) est également très importante.

Le gouvernement de Meiji cherche à renégocier les traités inégaux avec les grandes puissances (afin d’obtenir l’abolition de l’extraterritorialité et la restauration de l’autonomie tarifaire) mais il est confronté au rejet des pays concernés en raison de l’absence d’une législation moderne au Japon. Dans l’urgence, le gouvernement Meiji décide de s’appuyer sur la législation française, modèle de référence de nombreux pays européens. Le gouvernement invite successivement Georges Hilaire BOUSQUET (de 1872 à 1878) puis Gustave Émile BOISSONADE (de 1873 à 1895) pour qu’ils élaborent les codes juridiques japonais. Émile BOISSONADE enseignera le droit français dans plusieurs écoles comme le Myoboryo. Puis prendra la direction en 1875 du Bureau de législation, où il rédigera le Code de procédure pénale et l’ancien code pénal, en s’efforçant de faire abolir la torture. En 1879, il commença à rédiger le projet de Code civil qu’il n’acheva qu’après plus de 10 ans. Toutefois ce projet, repris par les juristes japonais sera modifié selon le modèle prussien. BOISSONADE rentrera en France en 1895, déçu par l’échec de son code civil.

1880 sonne au mois de juin, la fin de la deuxième mission militaire française au Japon. À partir de cette date, des influences germanophiles apparaissent au sein des hautes autorités militaires japonaises. Le besoin d’une nouvelle école pour officiers supérieurs se fait ressentir sous la direction centralisée de l’état-major japonais. Cette école Rikugun daigakko est créée en avril 1883 et sera confiée à un officier allemand en dépit de la désapprobation de la légation française. Les 3 influenceurs japonais qui ont séjourné et étudié en Allemagne (Katsura, Yamagata, Kawakami) et dont 2 deviendront ministres, sont souvent opposés aux mesures prises par les missions militaires françaises et ont conservé une admiration pour le modèle allemand victorieux sur la France en 1870. De plus l’Allemagne est favorable à la renégociation des traités inégaux en vigueur au contraire des autres puissances. Plus de 2 382 Occidentaux sont présents en 1883 sur le sol japonais (dont 1 094 Anglais), alors qu’en 1875, 300 étrangers participaient à la création des premières usines types, et à la formation des personnels japonais.

La troisième mission militaire française (1884-1890)

La Marine quant à elle sera développée par le soutien des Anglais jusqu’en 1886 (après l’avoir été par les Hollandais jusqu’en 1859), mais sa construction navale sera réorganisée par un ingénieur français, Émile BERTIN, jusqu’en 1890. Celui-ci créera une marine moderne et développera très vite des arsenaux. À son départ, il sera considéré dans le monde entier, comme le créateur de la marine militaire moderne japonaise, qui devait quelques années plus tard amener le Japon au rang des premières puissances navales mondiales.

1885, le nouvel officier supérieur de l’armée allemande, Jacob Meckel, prend ses fonctions à l’école supérieure de guerre en 1885. Il supprimera peu à peu l’approche française, consolidera la formation des officiers supérieurs (futurs officiers d’état-major) dans la stratégie, la tactique, l’organisation. Il fera effectuer des manœuvres ou exercices pratiques sur le terrain à la place de cours « académiques français », et augmentera la force des commandements. C’est le modèle allemand qui sera adopté y compris dans la constitution japonaise (rédigée par des juristes allemands), par similitude aux organes de pouvoir et de gouvernance de l’empire allemand, laissant à l’exécutif un rôle de plus large indépendance à l’égard du pouvoir législatif. Au Japon, c’est l’empereur qui détient tous les pouvoirs de l’État, s’il gouverne avec un ministère et un conseil privé, la diète, qui détient le pouvoir législatif, reste sous l’autorité de l’empereur. Son pouvoir est de nature divine et il est vénéré et également propagé par la religion shintoïsme, religion d’État.

On peut alors affirmer que le Japon est passé en 20 ans d’un régime de monarchie féodale, à celui de monarchie absolue, pour terminer par une monarchie constitutionnelle.

Militaires ou civils français : première rencontre avec les arts martiaux

Certains membres de la troisième mission militaire essayent également d’apprendre les arts martiaux japonais : Il s’agit de : Étienne de Villaret et de Joseph Kiehl qui deviennent membres du dojo de Sakakibara Kenkichi. Ce maître les initie à cette forme d’escrime (kenjutsu), faisant d’eux les premiers étudiants occidentaux des arts martiaux japonais. Sources : Meiji Budo-shi (« A History of Budo in the Meiji Period ») Watanabe Ichiro, 1971

Étienne de Villaret (29 octobre 1884 – 28 octobre 1887). Lieutenant (stratégie, théorie et technique du tir).

Photographie de groupe d'une centaine de militaires en uniforme, sabres à la main, posés en rangs serrés

Le Capitaine De Villaret au centre avec ses élèves Japonais

Joseph Kiehl (27 septembre 1884 – 24 juillet 1887). Maître d’armes et maréchal des logis (professeur d’éducation physique et escrime

Photographie de groupe d'officiers en uniforme devant un bâtiment japonais à large toiture et porche sculpté

Pendant ses premières années d’initiation militaire, il passe par l’école de tir du Ruchard où il enlève le premier prix d’ensemble, et par l’école de gymnastique de Joinville où il reçoit le prix unique d’escrimes diverses. Le lieutenant de Villaret, désigné pour faire partie de la mission militaire, s’embarqua au Havre pour New York, traversa les États-Unis et fit la traversée San Francisco-Yokohama. Peu après, il rejoignit Tokyo. Parti comme lieutenant, il fut nommé capitaine le 30 décembre 1884 et, le 28 décembre 1886, il recevait du gouvernement japonais la décoration de l’ordre du Soleil levant.

Il enseigne à l’École militaire de Toyama. En plus de donner des cours d’instruction, Étienne de Villaret rédige tout un recueil sur l’histoire et la société japonaises, ainsi qu’un ouvrage sur la numismatique nippone.

Portrait photographique d'un officier en uniforme à képi et aiguillettes, appuyé sur un socle sculpté, non identifié

Le chef de la 2e mission militaire : Claude MUNIER (qui remplace MARQUERIE), recevra de l’empereur, en mai 1880, un sabre japonais (1), en guise de remerciements des services rendus par les Français au Japon. À partir de cette date, les instructeurs seront peu à peu remplacés par des instructeurs japonais.

(1) Ce n’est donc pas Jules Brunet qui le reçoit, tel que vu dans le film « Le dernier samouraï »

Sources : Hall : les missions militaires françaises au Japon entre 1867 et 1889 (Thèse de Masaya Nakatsu) Autres sources : Les Japonais au garde à vous - ZOOM Japon

De l’école de gymnastique et d’escrime de Joinville en 1852 à la formation militaire japonaise

Cette école a pour but de former les militaires pour homogénéiser la pratique des activités physiques. Joinville deviendra une véritable usine à maîtres d’armes (mais pas que…), qui s’exporteront à nouveau à travers le globe. Elle créera aussi un nouvel engouement pour l’escrime qui conduira lentement vers le sport que nous connaissons aujourd’hui. La méthode s’implantera notamment au Japon, où une mission française est envoyée en 1866 pour aider à la formation d’une nouvelle armée japonaise. La mission tournera court, et ne reviendra au pays qu’en 1872, mais l’escrime française sera solidement ancrée dans les années 1880, avec la publication de la traduction en japonais du manuel de Joinville en 1889. Cette méthode laissera ses traces dans les techniques plus tard mises en place par l’école de Toyama telles que le juken-jutsu et le gunto-jutsu lors de la deuxième mission militaire.

Juken-Jutsu et Gunto-jutsu, respectivement techniques de la baïonnette et du sabre à une main seront enseignées par les militaires français dans les différentes académies militaires dont la Toyoma Gakko. Peu à peu elles évolueront et seront modifiées par les instructeurs japonais. Le Juken-Jutsu, qui combine technique de baïonnette au fusil et technique de la lance deviendra plus tard le Jukendo et se dissociera de la technique à la baïonnette seule (hors fusil) qui intégrera des mouvements puisés dans l’art du kodachi et qui deviendra à son tour le tankendo. Quant au Gunto-jutsu, qui se base sur la pratique du sabre occidental à une main, si sa technique perdurera dans la cavalerie, elle s’estompera pour une pratique à deux mains adaptée aux militaires.

Photographie ancienne d'officiers à cheval en terrain découvert, l'un au premier plan sabre au flanc
Photographie ancienne d'une pièce d'artillerie de gros calibre sur affût tournant, servants et drapeau japonais
Planche du manuel Kenjutsu kyohan : deux escrimeurs casqués et cuirassés, parade d'une attaque à la tête (men)

Extrait du manuel kenjutsu kyohan réédition de 1909

Sabre à lame courbe et garde à branche, photographié avec son fourreau sur fond noir
Gros plan sur la poignée filigranée et la garde à branche d'une épée de cavalerie

Epée de cavalerie

Épée d'artillerie à lame droite et poignée de bois, photographiée au-dessus de son fourreau sur fond noir

Epée d’artillerie

Double page d'un manuel japonais de gymnastique : deux figures d'un homme bras écartés puis fléchis, exercices numérotés

Extrait du Taiso Kyohan de 1847

Sources : Kendo magazine n° 3 sept. 2021. Cnkdr, Kendo magazine n° 4 nov. 2021. Cnkdr (Traduit par Dominique POUCHARD) Tavernier, B. « Forsaken Kendo ». Kendo World Magazine, 7 (2014). Baptiste Tavernier - De la pertinence des arts martiaux de nos jours [Interview Part 2/2] (youtube.com)

Quant à la gymnastique, déjà inscrite dans cette école en 1870 à Toyoma, elle entrera dans les cursus de formation des écoles militaires à partir de 1875, aidée par un manuel français publié en 1847 :

Ministère de la Guerre (1847) Instruction pour l’enseignement de la gymnastique dans les corps de troupes et les établissements militaires, bibliothécaire militaire de J. Dumaine : Paris, p. 200, 及び巻末付図. Et traduit en japonais en 1874 : le Taîso kyohan.

Plus tard, elle sera également diffusée dans les écoles secondaires à partir de 1883, le ministère de l’Éducation ayant ordonné la mise en œuvre de hohei soren (entraînement de l’infanterie) et de heishiki taiso (exercices militaires), en plus de la gymnastique normale. (source du Taiikugaku kenkyu (Journal japonais de l’éducation physique, de la santé et des sciences du sport)

Page de titre de l'« Instruction pour l'enseignement de la gymnastique dans les corps de troupes », Paris, 1848
Photographie ancienne de militaires en tenue de gymnastique posant sur un portique d'exercice en bois
Couverture de l'ouvrage « L'empreinte de Joinville, 150 ans de sport », hors-série des Cahiers de l'INSEP

Bref retour historique sur l’école de Joinville :

Depuis plusieurs années, l’état-major français avait perçu, outre la formation à l’escrime, l’intérêt de la gymnastique dans la préparation et l’entrainement des soldats. C’est Francisco Amoros qui introduit l’utilisation d’agrès et sa méthode rédigée en 1830, retient toute l’attention de l’armée ainsi que des structures privées où apparaissent les premières salles de sports et gymnases. Son influence deviendra décisive après la publication d’un document en 1846 (« Instructions pour l’enseignement de la gymnastique » F. Amoros 1846) (voir photo ci-dessus), qui fondera les bases de la gymnastique militaire et scolaire. Un besoin important de formation d’instructeurs et de maîtres apparait alors immédiatement. C’est en 1852 qu’est créée l’École de Joinville qui sera dirigée par deux collaborateurs de F. Amoros : Alexandre-Napoléon LAISNE et le commandant d’ARGY. Outre l’aspect militaire, l’enseignement de cette discipline permettra son développement dans les établissements scolaires selon les directives de l’instruction publique. A.N. LAISNE y contribuera pleinement, mais sera également sollicité par le milieu médical. En effet, l’étude scientifique des gestes et des mouvements, les progrès de la médecine, font naître les premières thérapies de soins à base de gymnastique, de frictions et de massages (avril 1855). Une thèse en 1863 du Dr Estradère et celle du Dr Gustave Chancerel sur l’histoire de la gymnastique médicale sèmeront les prémices de la future kinésithérapie et de la médecine orthopédique.

Voici ci-après le reportage diffusé dans le journal « La vie au grand air n° 272 » du 26/11/1903

Page de la revue La Vie au Grand Air, article « La Culture physique dans l'Armée » illustré de photographies

La Vie au Grand Air. Source gallica.bnf.fr / Musée Air France

Page de la revue La Vie au Grand Air sur la culture physique dans l'armée, photographies d'exercices en salle

La Vie au Grand Air. Source gallica.bnf.fr / Musée Air France

Il est intéressant de se pencher sur Edmond DESBONNET, célébré dans cet article, père de la culture physique, de la kinésithérapie, ou encore de la gymnastique des organes. Autre approche plus globale : elle apparaît : … comme un terrain d’éducation : … de discipline, … d’instruction militaire, … participant au renforcement de la santé d’une nation, … voire à une émulation d’un nouvel élan patriotique (au lendemain de la défaite de 1870…). Elle serait pour Jules Ferry (+1893), père de l’instruction publique mais également partisan de l’expansion coloniale française en Asie du Sud-Est (Tonkin, Chine…) : « l’avant-garde pacifique de la patrie en arme ».

L’éducation physique

La VGA du 15/12/1906

Au Japon et durant toute l’ère Meiji on retrouvera cet état d’esprit autour de la nation et de son renforcement, dans le slogan populaire « Fukoku kyokei » : un pays riche et une armée forte.

Témoignage d’un marin français dans un dojo d’escrime

Sources : Il s’agit d’un passage extrait de Mme Chrysanthème de Pierre Loti, publié en 1888 :

Extrait p231-232 : [Yves ami de Pierre Loti, vient d’expérimenter une séance d’escrime] — Ah ! mon Dieu, qu’est-ce qu’il a bien pu faire pour avoir si chaud, pour s’être mis dans un état pareil ? Il me raconte que, près de chez nous, — un peu plus haut dans la montagne, — il a découvert un tir au sabre et qu’il y a livré assaut jusqu’à nuit close — contre des Japonais qui tiraient à deux mains, en bondissant comme des chats, suivant l’usage de leur pays. Avec son escrime française, il les a battus à plate couture. Alors on lui a fait de grands saluts, de grands honneurs, — et apporté une quantité de bonnes petites choses très froides à boire. Tout cela réuni l’a fait transpirer beaucoup… — Ah ! très bien. Mais je ne m’expliquais pas… Il est ravi de sa soirée ; il ira tous les jours s’amuser à les battre ; il pense même faire des élèves. Une fois l’asséchement de son dos terminé, les voilà tous ensemble, les trois mousmés et lui, jouant au « pigeon vole » nippon. — En vérité, je ne pouvais rien souhaiter de plus innocent, de mieux sous tous les rapports.

Le personnage fictif d’Yves est en réalité l’ami de Loti, le marin breton Pierre Le Cor, avec qui il navigue lors de plusieurs voyages.

Portrait de studio ancien, deux hommes occidentaux en tenue claire encadrant une femme en kimono assise

Pierre Loti (à droite) avec Chrysanthème et Pierre Le Cor au Japon, 1885.

Le mot mousmé est une retranscription en français du mot japonais musume (娘), qui signifie fille au sens de la filiation. Utilisé pour la première fois dans ce roman de Pierre Loti, ce terme s’est ensuite popularisé en France pour désigner une jeune fille ou une jeune femme japonaise, mais il a également été utilisé en argot pour désigner une femme, une maîtresse ou une « fille facile ». (Vincent van Gogh a également nommé l’un de ses tableaux La Mousmé)

International Martial Arts Federation — Wikipédia (wikipedia.org) Dai Nippon Butoku Kai — Wikipédia (wikipedia.org)

1894 – 1895

Le premier conflit sino-japonais 1894-1895

La Corée est un État vassal d’une Chine déjà affaiblie par sa situation économique et politique. Elle attise, elle aussi, les convoitises des grandes puissances. La France intervient sur son sol en 1866, en y envoyant une expédition punitive, suite à l’assassinat de religieux. Idem pour les États-Unis en 1868 pour délivrer des marins américains prisonniers suite à un échouage sur les côtes coréennes. Vers 1870 : les relations entre la Chine et le Japon se tendent : ces derniers souhaitant accroître leur zone d’influence au même titre que les autres nations. De plus, le Japon désire se préserver de toutes autres menaces potentielles extérieures à proximité de ses côtes, par ailleurs les ressources en minerai de fer de la Corée ne sont pas non plus négligeables. En 1876, après un incident avec des marins coréens, puis une démonstration de force au large de la Corée, le Japon obtient un traité de commerce et l’ouverture de 3 ports coréens. Pour contrecarrer cet élan, la Chine réagit en conseillant à la Corée d’opposer les puissances occidentales. C’est ce qu’elle fait en accordant des privilèges aux autres nations. À la cour de Corée, intrigues et coups d’État se succèdent, opposant prochinois et pro-japonais. La Corée se tourne vers la Russie pour obtenir des instructeurs militaires. Les Russes négocient et obtiennent l’installation d’une base navale, ce qui provoque l’envoi d’une escadre anglaise sur zone. Suite à ces influences extérieures qui ont pénétré le pays coréen, un vent de rébellion contre son propre gouvernement s’installe peu à peu. En 1894, suite à une menace de rebelles se dirigeant vers Séoul, la Corée demande l’aide de son voisin la Chine. Cette dernière en informe les autorités japonaises (conformément à une convention bilatérale de 1885, obligeant l’une des deux parties à demander l’accord de l’autre pour toute intervention sur le sol coréen). Le Japon par ce prétexte, décide d’intervenir en devançant la Chine. Les forces japonaises, préparées et modernisées depuis 1868, s’opposeront et repousseront alors les forces chinoises envoyées. Elles prendront le contrôle de Port Arthur, et en profiteront pour occuper Formose. Une offensive vers Pékin déclenchera la signature d’un armistice. Au final, le traité de Simonoseki met un terme à la guerre sino-japonaise, et permet au Japon d’acquérir de nouveaux territoires (Formose, les îles Pescadores, la presqu’île de Liao-Toung, des places portuaires, un tribut et des traités commerciaux avec la Chine et surtout la démonstration de sa suprématie comme première puissance asiatique).

Cette situation, à l’avantage du Japon, réduit l’espoir de la Russie d’ouvrir un port en « eau libre », qui serait alors desservi par le transsibérien. La Russie, après avoir obtenu le soutien des Français, des Allemands (les Anglais préférant se dérober), demande au gouvernement japonais de renoncer à la presqu’île de Liao-toung. Le Japon s’incline, acceptant temporairement ce partage d’influence de la Corée.

Le démantèlement de la Chine (break-up of China) se poursuit : Le meurtre de deux missionnaires allemands en novembre 1897 par une société secrète chinoise donne un prétexte à l’Empire allemand pour prendre le port de Tsingtao lui permettant d’établir une base pour son escadre d’Asie. La Chine se voit à nouveau contrainte d’octroyer d’autres concessions aux Français, Britanniques et Russes dont Port-Arthur en 1898. La multiplication de ces humiliations accélère la crise sociale et économique de la Chine et au sein de la population, ces défaites renforcent le sentiment de frustration, de xénophobie et de l’anti-impérialisme. L’impératrice douairière reprend les rênes du pouvoir en 1898 en faisant aliéner son neveu l’empereur Guangxu. Elle accorde son soutien à ces milices nationalistes (qui à l’origine étaient prochinoises) pour en découdre avec les étrangers sur son sol. La guerre des Boxers éclate, opposant : Chinois nationalistes aguerris à des techniques de combat (d’où boxer) à tous les étrangers, y compris missionnaires et chinois chrétiens.

Ces évènements (assassinats, exactions) obligent les puissances étrangères à s’allier. Un corps expéditionnaire de 8 nations (Japon, Royaume-Uni, États-Unis, Russie, France, Italie, Allemagne, Autriche-Hongrie), composé de 100 000 hommes, est constitué pour sauver les légations étrangères. Cette guerre intérieure prendra fin en septembre 1901. (Les blessés français seront rapatriés par la Croix-Rouge japonaise à Hiroshima (2)). L’impératrice douairière, qui a fui Pékin, se désolidarisera au final des boxers. Elle fera volte-face et ordonnera à l’armée impériale de se joindre à l’alliance pour en terminer avec cette rébellion. Si de nouvelles concessions furent accordées aux pays étrangers, la Russie en profitera pour agrandir sa zone d’influence en Mandchourie, situation qui débouchera en 1904 sur la guerre russo-japonaise.

Sources : Les missions militaires françaises au Japon entre 1867 et 1889 par Masaya Nakatsu

Thèse de doctorat en Langues et littératures étrangères. Asie orientale et sciences humaines (400 pages)

la question d’Extrême-Orient 1840-1940 Pierre RENOUVIN) Pierre Renouvin. La question d’Extrême-Orient. 1840-1940 - Persée (persee.fr) Révolte des Boxers — Wikipédia (wikipedia.org) Traités inégaux — Wikipédia (wikipedia.org) Quand le Japon s’ouvrit au monde (Découvertes Gallimard) Société Franco-japonaise de Paris : (source Société Franco-Japonaise

Extrait :

En-tête imprimé de la Société franco-japonaise de Paris, gravure de secours aux blessés titrée « Pour l'humanité »
Appel imprimé « Pour l'humanité » de la Société franco-japonaise de Paris pour une souscription à la Croix-Rouge japonaise

« C’est à peine si les troupes françaises qui ont marché les 13 et 14 juillet avaient quelques brancards et quelques infirmiers régimentaires. Ce sont les Japonais qui, mieux outillés, ont sauvé la situation à ce point de vue. Pendant toute l’action, leurs infirmiers, leurs brancardiers et leurs médecins n’ont cessé de prodiguer leurs soins aux blessés français. » Tout cela mérite d’être dit »

C’est le premier commandant du contingent français en Chine en 1900, le colonel de Pélacot, qui s’exprime avec cette rondeur militaire.

Son successeur, le général Frey, dit à son tour : « Le gouvernement japonais offrit aux autorités françaises de prendre à Takou les blessés les plus grièvement atteints et de les transporter par le moyen de ses navires-hôpital dans son hôpital de Hiroshima, situé dans l’une des îles les plus salubres de l’Empire et doté, comme installation et comme matériel, de tous les perfectionnements que la science de la médecine et de la chirurgie a su créer dans les meilleurs établissements similaires d’Europe. Ceux que l’on dirigea sur cet établissement furent jusqu’à leur complète guérison l’objet des attentions les plus délicates de la part de la Cour et des membres de la Croix-Rouge japonaise, ainsi que des soins assidus d’un personnel technique aussi savant que dévoué. »

Il m’est apparu important d’exposer ces brefs éléments d’histoire, où les empires d’Occident ont rencontré les empires d’Asie et pour lesquelles 2 trajectoires parallèles différentes se sont dessinées :

Pour la Chine : Traditions, conservatisme et déclin

Caricature en couleurs, les grandes puissances se partageant au couteau un gâteau marqué « Chine »

« En Chine, le gâteau des Rois et… des Empereurs » (Le Petit Journal, 16 janvier 1898). La Chine partagée entre les grandes puissances (Grande-Bretagne, Allemagne, Russie, France et Japon de l'ère Meiji).

Estampe japonaise en triptyque, officiers japonais en uniforme recevant des dignitaires chinois sous une tente

Le siècle d'humiliation, aussi appelé les cent ans d'humiliation nationale (en mandarin 百年国耻 Bǎinián Guóchǐ), est le terme utilisé en Chine pour désigner la période d'intervention et de subjugation de la dynastie Qing et de la république de Chine par les puissances occidentales et le Japon de 1839 à 19491

Pour le Japon : Traditions, réformes, modernité et émancipation.

Affiche illustrée de style rétro « Japanese Traditions » avec torii, statue de Bouddha, lanternes et cerisier
Couverture dessinée du journal satirique The Japan Punch, Yokohama, 1883, personnage en costume japonais
Une en couleurs du supplément illustré du Petit Parisien, scène de rue animée au Japon pavoisée de drapeaux
Carte de l'Asie à la fin du XIXe siècle : possessions, aires d'influence et axes de pénétration des puissances et du Japon

Pour résumer :

La fin du XIXe siècle est une période de vive concurrence impériale. L’Asie est au cœur de cette course aux territoires.

Les Russes touchent aux portes de l’archipel japonais, mais rencontrent en Asie centrale le glacis protecteur britannique constitué par l’État tampon afghan.

L’empire britannique (en 1888) s’étend du Pakistan actuel à la Birmanie, aux États malais et au nord de l’île de Bornéo (Sarawak et Bornéo-Septentrional), le monde indien se retrouvant « fondu » dans cet empire. Les Français (en 1887) sont maîtres de l’Indochine en créant l’Union indochinoise qui réunit la Cochinchine, le Cambodge, le Laos, l’Annam, le Tonkin. Les Néerlandais contrôlent l’Indonésie. Le Siam reste indépendant, mais son territoire a été grignoté. Si la Chine n’est pas colonisée, sa côte est convoitée par les Occidentaux. Les confrontations militaires et diplomatiques ont mis à genoux la dynastie des Qing qui octroient des territoires et des ports aux Européens. 1890, de nouvelles puissances s’immiscent dans les rivalités impériales : le Japon prend possession de l’île de Formose après sa victoire sur la Chine en 1895. En 1898, les Allemands s’installent à Qingdao en Chine, et les Américains arrachent les Philippines à l’empire espagnol en déclin, scellant l’acte de naissance de la politique impérialiste des États-Unis. Seul le Japon échappe à l’appétit des Occidentaux.

Témoignage

Témoignage : une lumière venant de l’Orient

Pour conclure cet historique, voici un autre éclairage, celui de Lafcadio HEARN, Irlandais ayant pris la nationalité japonaise, et qui fut à la tête d’une chaire de littérature anglaise au Dai-go-koto Gakko (grand collège du gouvernement) à Kumamoto. Il est considéré comme la personne ayant introduit le jiu-jutsu aux États-Unis. Son parcours est impressionnant et il apporte au travers de nombreux ouvrages, un témoignage très pertinent sur la culture, les mœurs et la pensée japonaise à l’époque Meiji. « La lumière vient de l’Orient » essai de psychologie japonaise (traduit de l’anglais par Marc Loge) nous révèle cette adaptation à ce changement, du passé au présent et de l’occident à l’orient.

Extrait :

Le clairon sonna, annonçant la récréation. J’allai sur le terrain d’exercice pour fumer. Bientôt quelques étudiants me rejoignirent, avec leurs fusils et leurs baïonnettes ; c’était l’heure des exercices militaires.

Quel cerveau occidental aurait pu élaborer l’étrange enseignement suivant : ne jamais opposer la force à la force, mais seulement diriger et utiliser cette puissance d’attaque ; terrasser l’adversaire simplement par sa propre vigueur, le vaincre par son propre effort ? Sûrement aucun ! Le cerveau occidental semble travailler en lignes droites ; l’oriental, en des cercles et des courbes merveilleux. Et cependant quel beau symbole il y a là de l’Intelligence triomphant de la force brutale ! Le Jiujutsu est encore bien autre chose qu’un art de se défendre ; c’est un système philosophique ; c’est un système éthique, … Il y a vingt-cinq ans, et même plus récemment, des étrangers auraient pu prédire avec toute apparence de raison, que le Japon adopterait non seulement les vêtements, mais aussi les coutumes de l’Occident ; non seulement nos moyens de communications, faciles et rapides, mais aussi nos principes d’architecture : non seulement nos industries et nos sciences appliquées, mais aussi nos métaphysiques et nos dogmes. Les uns croyaient sincèrement que le pays s’ouvrirait bientôt à la colonisation étrangère, que le capital occidental serait tenté, grâce à des privilèges extraordinaires, d’aider au développement des ressources du pays, et même que la nation proclamerait sa soudaine conversion à ce que nous appelons le Christianisme. De telles convictions résultaient de l’ignorance … Et cependant, tout cela n’était vraiment que du Jiujutsu. Le Japon adopta le système militaire de la France et de l’Allemagne, et il est prêt, aujourd’hui, à mettre sur pied une force disciplinée de 250 000 hommes, renforcée par une artillerie formidable. Il créa une marine puissante, comprenant quelques-uns des plus beaux cuirassés du monde, et modelant son organisation navale d’après les enseignements qui lui venaient de la France et de l’Angleterre. Il établit des chantiers de construction, sous une direction française, et bâtit, ou acheta des navires pour transporter ses produits en Corée, en Chine, à Manille, au Mexique, aux Indes, et aux tropiques du Pacifique. Il construisit, dans un but à la fois militaire et commercial, près de deux mille cinq cents kilomètres de voies ferrées. Il créa, grâce à l’aide américaine et anglaise, le système télégraphique et postal qui est le plus pratique et le moins coûteux du monde entier. Il éleva des phares, qui valent à ses côtes la réputation d’être les mieux éclairées des deux hémisphères ; il mit en pratique un service de signaux qui n’est pas inférieur à celui des États-Unis. À l’Amérique, le Japon emprunta le téléphone, et les méthodes perfectionnées d’éclairage électrique. Il institua ses écoles communales d’après une étude approfondie des écoles de France, d’Amérique, et d’Allemagne, mais il les régla de façon à les harmoniser parfaitement avec ses propres institutions. Il organisa sa police d’après celle de la France, mais la modela de manière à la conformer absolument à toutes ses nécessités sociales particulières. Au début il importa des machines pour ses mines, ses moulins, ses chemins de fer, et ses armureries, et il eut recours aux services de nombreux techniciens étrangers. Mais aujourd’hui il renvoie tous ses maîtres. Dire tout ce que le Japon a fait, et tout ce qu’il est en train de faire nécessiterait un volume. Il suffit donc d’affirmer qu’il a choisi et adopté le meilleur de tout ce que représentent nos industries, nos sciences appliquées, et notre expérience économique, financière et juridique, ne s’emparant que des résultats les plus élevés, et modifiant invariablement ses emprunts de façon à les adapter à ses besoins. Or, le Japon n’a rien adopté de tout cela par simple instinct d’imitation. Au contraire, il n’a approuvé et pris que ce qui peut l’aider à développer sa puissance. Il s’est mis à même de se dispenser de toute instruction technique étrangère, et, grâce à la plus subtile des législations, il a conservé en son pouvoir toutes ses ressources originales. Mais il n’a point adopté les vêtements, les coutumes, l’architecture ni la religion de l’Occident, puisque leur introduction, — et surtout celle de la religion, — aurait diminué sa force, au lieu de l’augmenter. Malgré ses voies ferrées et ses lignes de vapeurs, ses télégraphes et ses téléphones, son service postal, son artillerie et ses fusils à répétition, malgré ses universités et ses écoles techniques, le Japon reste tout aussi oriental qu’il l’était il y a dix siècles. Il a réussi à demeurer lui-même, et à bénéficier autant que possible de la vigueur de l’ennemi. Il s’est défendu, — et il se défend encore, — par le plus admirable système de défense que l’on ait jamais conçu, par un merveilleux Jiujutsu nation

1. Lafcadio Hearn écrivit cette étude en 1893, puis la remania en 1895

Sources et crédits

Les documents reproduits proviennent du recueil Histoire, culture et archives sur les arts de combats — Livre 1, rassemblé par Vincent Guadarrama. Les pièces d'époque sont notamment issues de La Vie au Grand Air (1898-1910), du Temps, du Petit Parisien et des collections numérisées de Gallica / Bibliothèque nationale de France.

Toute demande de rectification ou de retrait sera honorée : nous écrire via la page Contact.

Sur l'origine de ces documents

Les documents reproduits dans cette rubrique proviennent du fonds rassemblé par Vincent Guadarrama, complété par des collections numérisées. Plusieurs d'entre eux portent leur mention de source, indiquée sous l'image ; pour les autres, nous sommes en train d'établir précisément l'origine de chaque pièce.

Les demandes d'autorisation sont en cours auprès des détenteurs de droits que nous avons pu identifier. Nous avons fait le choix de rendre ce travail consultable pendant ces démarches plutôt que de le garder fermé : c'est un travail de mémoire, sans caractère commercial, et nous pensons qu'il vaut mieux qu'il vive.

Si vous estimez détenir des droits sur l'un de ces documents, écrivez-nous. Nous examinerons votre demande avec attention et, si elle est fondée, nous retirerons la pièce concernée — nous l'avons déjà fait. Nous serons également heureux d'ajouter un crédit, de corriger une attribution, ou de préciser une date : toute information sur l'origine d'un document nous sera utile.

Nous écrire