Du kenjutsu au kendo. Au moment où le Japon range ses sabres, la France découvre ses arts de combat — par les Expositions universelles, par la presse illustrée, par quelques maîtres de passage. Ce second volet suit cette rencontre, de 1860 aux premières démonstrations parisiennes de 1905.
Texte et rassemblement des archives : Vincent Guadarrama.
Aux origines
Approche historique aux aurores du levant

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Durant la période de paix Tokugawa (1603-1868), les écoles anciennes d’arts martiaux koryū se sont particulièrement développées, même si certaines existaient déjà au XIIe siècle. Au centre de leur enseignement, on retrouve le kenjutsu, arme privilégiée des samouraïs qui, détournés de leur mission guerrière, se retrouvèrent « au chômage technique » en raison de cette période de paix. Ce fut alors un moment important pour entretenir et perfectionner techniques et savoir-faire au travers de ces arts de combats anciens appelés bujutsu. Les koryū se développèrent, se structurant autour de l’expérience guerrière des fondateurs, et de nombreux maîtres du sabre jouèrent alors un rôle déterminant dans l’évolution de ces pratiques, dont le kenjutsu qui allait devenir plus tard le kendo. Par exemple, Naganuma Shirozaemon Kunisato (1688-1767) de l’école Jikishin Kage-ryu développa le kendo-gu (armure de protection) et établit une méthode d’entraînement utilisant le shinai (épée de bambou) au début des années 1700.
Nakanishi Chuzo Kotake de l’Itto-ryu commença une nouvelle méthode d’entraînement utilisant un heaume protecteur et un kendo-gu fabriqué en bambou au milieu des années 1700 qui s’est ensuite rapidement répandu. Au début du 19e siècle, de nouveaux types d’équipements ont été produits tels que les yotsuwari shinai (épées en bambou fabriquées avec quatre lattes). Ce nouveau shinai était plus malléable et plus durable que le précédent fukuro shinai (littéralement, épée en bambou recouverte d’un sac).

Fukuro shinaï Kashima Shin ryu (photo BudoExport

Fukuro shinaï Yagyu Shinkage ryu (photo BudoExport)

Shinaïs classiques Kendo (photo BudoExport)
Durant cette longue période, Trois Grands Dojo d’Edo émergèrent au début du 19e siècle avec une immense popularité dans le nouveau style d’escrime, avec des épées en bambou et une armure protectrice : Genbukan DOJO Créé en 1822 dirigé par Chiba Shusaku
(3 600 disciples et parmi eux certains sabreurs très célèbres). Chiba Shusaku a étudié l’École Itto-ryu Nakanishi-has, puis il a créé son propre style, le « Hokushin Itto-ryu ». Il a eu une influence massive dans la définition des techniques qui sont utilisées dans le Kendo moderne.

Livre sur chiba shusaku traduit par notre camarade Georges BRESSET
Renpeikan Dojo Créé en 1826
Shigakukan Dojo
créé par Saito Yakuro qui était un Maître de « l’École Shinto Munen-ryu » et certains de ses élèves, comme Takasugi Shinsaku et Katsura Kogoro, contribuèrent à la restauration de Meiji.
La famille Togasaki (aussi connue comme Togasaki-ryū 戸賀崎流) a maintenu la plus longue lignée d’enseignement de Shindō Munen Ryū. Le dojo existe toujours à Saitama aujourd’hui dans lequel seule la partie d’iaijutsu du système est encore enseignée.
créé par Momonoi Sunzo Naomasa faisait partie des Dojo de Kenjutsu les plus importants. Momonoi était de « l’École Kyoshin Meichi-ryu ». Les Dojos Genbukan, Renpeikan et Shigakukan étaient donc considérés comme les trois plus grands de la période Edo. Il est dit que Chiba Shusaku possédait une technique sublime, que Saito Yakuro possédait un immense pouvoir, et que Momonoi Sunzo était extrêmement élégant. Aussi le Dojo Odani, dirigé par Odani Seiichiro (qui deviendra plus tard l’instructeur de Kenjutsu pour le Kobusho) du Seiichiro Odani (né en 1798), épéiste japonais était aussi très célèbre à l’époque.
Suite à l’essor de la restauration Meiji en 1868 et à l’abolition des samouraïs, la pratique du kenjutsu connait un déclin drastique. L’échec d’un dernier mouvement de résistance en 1877 contre le gouvernement impérial avec l’intervention d’une brigade de policiers, les Battotaî relance un nouvel intérêt pour le kenjutsu (gekiken saiko ron) = (restauration de l’escrime japonaise). Celui-ci commence alors à être enseigné à la police métropolitaine de Tokyo puis dans d’autres centres.
Le Dai Nippon Butoku Kai (大日本武徳会?), ou association pour les arts martiaux du grand Japon, a été créé en 1895 à Kyoto, sous l’autorité du gouvernement japonais et avec le parrainage de l’empereur Meiji. Cet organisme a pour objet de solidifier, promouvoir et normaliser les disciplines et les systèmes martiaux dans tout le Japon, encourager leur enseignement et leur diffusion, notamment dans le système éducatif de l’ère Meiji.
Son rôle est également de préserver le Budo traditionnel ainsi que la noblesse associée à la culture des samouraïs. Il est devenu, par la suite, le centre de l’héritage et de l’élitisme du Budo japonais.

En 1899, l’historique Butokuden, « hall des vertus martiales », est inauguré à Kyōto à l’usage exclusif de la DNBK. Il est reconstruit sur le site du Dojo créé par l’empereur Kanmu (桓武) en 794. Ce lieu restaure la gloire et le statut de l’antique tradition martiale impériale et, toujours en 1899, Kanō Jigorō est nommé président de la Dai Nippon Butoku Kai.
Le gouvernement s’affaire en réalité à ménager les anciens grands seigneurs du Japon et, alors que le samurai a bel et bien disparu en tant que classe sociale, les autorités le considèrent comme le véritable détenteur de la tradition nationale authentique. Elles mettent en exergue le code d’honneur et credo du samurai, le Bushido, et s’en servent, de bonne guerre, pour favoriser la réconciliation nationale.
La naissance des arts martiaux contemporains. Des personnages influents dans les milieux politiques et universitaires tels Kanō Jigorō (1860-1938) vont redonner aux arts martiaux japonais une impulsion historique grâce à une réorientation basée sur l’éducation physique plutôt que sur la confrontation guerrière. De nombreux experts dans toutes les disciplines martiales vont constituer un prestigieux Centre national pour l’entraînement, la recherche et la publication dans le domaine des arts martiaux. Ce centre instaurera les titres de Renshi, Kyōshi et Hanshi, littéralement Expert, Professeur et Maître. Il déterminera pour le kenjutsu en 1912 la codification des katas, puis en 1919 attribuera officiellement le suffixe do aux anciennes disciplines. Plus tard, il servira de relais aux désirs expansionnistes du Japon impérial jusqu’à devenir une organisation nationaliste et fasciste, dont le but avoué sera d’appuyer la propagande militaire.
International Martial Arts Federation — Wikipédia (wikipedia.org) Dai Nippon Butoku Kai — Wikipédia (wikipedia.org) L’histoire du KENDO | 全日本剣道連盟 AJKF
FOCUS : des liens Togasaki aux kendokas bordelais :

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2017
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1860 – 1905
Retour en France période 1860-1905 : Sous l’ombre des Expositions universelles
La première participation du Japon à l’exposition universelle de Paris s’est produite en 1867 avec la visite du frère du shogun Tokugawa. C’est aussi l’affirmation du courant artistique appelé Japonisme, qui influencera les milieux français et européens de 1860 à 1890.


Dans le numéro du 21 décembre 1867 de l’Illustrated London News, on trouve un portrait en pied saisissant d’un samouraï. Il est soigneusement vêtu d’un kimono formel, sa main gauche tenant une épée et sa main droite reposant sur un tabouret, regardant calmement vers le spectateur. Quelque chose d’étrange dans cette image, cependant : l’épée semble trop grande pour son corps, son front trop haut, et sa stature entière semble plutôt petite, même pour un Japonais. En effet, ce samouraï était un adolescent – à peine âgé de 14 ans au moment de l’article – mais un samouraï important chargé d’une délicate mission diplomatique. Il s’agissait
Léon Dury (1er rang à droite) avec la délégation japonaise pour l’Exposition universelle de Paris 1867. Au centre : Tokugawa Akitake, frère cadet du 15e shôgun Tokugawa Yoshinobu. Photo de l’accueil de la délégation à Marseille en avril 1867.
de Tokugawa Akitake (1853-1910), le jeune demi-frère du « Tycoon » ou Shogun du Japon. Il était venu en Europe en son nom pour exposer à l’Exposition universelle de Paris de 1867.
Pour en savoir plus : Japonisme et enjeux d’exposition dans la seconde moitié du XIXe siècle – Contextualités hypotheses.org) : 124revue.hypotheses.org/files/2020/04/Saadoun.pdf
(cf. Japonisme et collectionneurs : réseaux d’amateurs dans le Paris de la seconde moitié du XIXe siècle Angélique SAADOUN Article publié le 5 avril 2020)
Si l’exposition universelle de 1889 célébrait le centenaire de la révolution française (évènement boudé par les monarchies) et avait érigé la tour Eiffel, l’exposition de 1900 est la plus grande jamais organisée à Paris.

Elle coïncide avec l’ouverture de la première ligne du métro de Paris. De nombreuses grandes attractions sont présentées : parmi elles la présentation d’une projection sur grand écran du cinéma des frères Lumière.
l’éclairage des frères Lumière (1897)
En 1877, un jeune Japonais Katsutaro INABATA est envoyé en France. À Lyon, il étudie la technique du tissage et de la teinture pendant 8 ans et y rencontre un camarade d’étude : Auguste Lumière. Il rentre au Japon en 1885, enseigne et crée une société qui se spécialisera plus tard dans la teinture des uniformes militaires. De retour en France en 1896, il rencontre à nouveau Auguste Lumière qui lui montre l’appareil cinématographique. Il repart avec un opérateur Lumière et des droits d’utilisation et organise la « première présentation payante de ce qui s’appelle alors jido shashin [« Images mouvantes »] » au théâtre Nanchi Enbujo à Osaka le 15 février 1897. Il s’implique un temps dans le tournage des premiers courts métrages de l’époque, puis cède ses droits à E. Yokota, qui deviendra Yokota Shôkai une des premières sociétés de production cinématographique japonaise.
Vous trouverez ci-après les premières représentations montrant des combats de kendo et autres armes

Démo (Ono Ha Itto Ryu)


Acteurs japonais : bataille au sabre Vue N° 978
Lutteurs japonais Vue N° 925 Opérateur : Constant Girel Date : octobre 1897 Lieu : Japon, Kyoto, Honshu Deux hommes en costume traditionnel se livrent un combat au sabre.
Programmée le 20/02/1898 à Lyon. Tournoi national de Kendo le 1er juillet 1898 à Nagoya (Japon) (Schin-Aichi, 30 juin 1898).
1897 Japanese Sword (Ono Ha Itto Ryu Style) Exhibition - Kyoto Japan (youtube.com)
Escrime au sabre japonais Vue N° 926 Opérateur : Constant Girel Date : octobre 1897 Lieu : Japon, Kyoto, Honshu Démonstration de kendo.
Programmée le 20/03/1898 à Lyon.
The first kendo motion picture -
tournoi national de Kendo le 1er
from 1897 -
juillet 1898
YouTube
Programmée le 1er juillet 1898 à Nagoya (Japon) sous le titre Marubashi Chuya joué par
Scène de combat
Sadanji, acteur de Tokyo
acrobatique entre plusieurs hommes
(Schin-Aichi, 30 juin 1898). Programmée le 20
armés de lances et de
octobre 1900 à Lyon (France)
sabres.
sous le titre Théâtre japonais :
Opérateur : Constant Girel
drame au sabre (Le Progrès, 22 octobre 1900).
Date : 9 janvier 1897 - Lieu : Japon, Honshu
Acteurs japonais : bataille au sabre | Catalogue Lumière (catalogue-lumiere.com)
La société franco-japonaise de Paris
Elle a été fondée le 16 septembre 1900 à l’issue de l’exposition universelle de PARIS. Elle a pour objet d’aider les Japonais sur le sol français à mieux s’insérer dans la vie française, à se créer des relations au travers d’échanges et de rencontres amicales, à améliorer la pratique de la langue française, à participer et des discussions sur des thèmes de la vie et de la culture japonaise. Sont traitées toutes les questions dont s’occupent à titre quelconque tous les sympathisants, japonisants : artistes, industriels, commerçants, amateurs et savants. Parmi ses membres et adhérents, on compte de nombreuses personnalités, comme Gustave Émile BOISSONNADE, Émile GUIMET, Félix REGAMEY, Émile BERTIN, Jules BRUNET, des ingénieurs, des négociants, des militaires, des ministres, des consuls, des attachés de légation, des princes. Inversement, la Société s’est assigné la tâche de propager au Japon l’étude de la langue française, plus spécialement à organiser des cours destinés aux fonctionnaires ou agents des divers services publics, à faciliter l’arrivée des ressortissants français. Elle dispose de bureaux à Tokyo, Osaka et Kobe. Enfin elle souhaite développer sa base documentaire, à travers la traduction d’ouvrages japonais, et inversement diffuser des œuvres françaises au Japon. La société a pour moyens d’action, des conférences, des publications et une bibliothèque composée d’ouvrages spéciaux.
Parmi les nombreux sujets traités, on peut ainsi trouver :
La conférence sur les armures japonaises et les armoiries par le Dr Édouard MENE (01/1903)
La conférence sur le BUSHIDO par le Marquis DE LA MAZELIÈRE (du 01/04/1905)
Une noble approche du Bushido
Dans cette conférence, l’auteur étudie le code de morale chevaleresque et patriotique de la classe militaire et de l’armée japonaise qui porte le nom de : « Bushidô ». Après en avoir cherché les origines dans l’honneur féodal, le confucianisme et le bouddhisme, il examine cette morale telle qu’elle se constitua définitivement au XVIIe siècle chez les nobles militaires (Bushi et Samurai) ; puis il montre comment cette morale se répandit dans le peuple, comment elle se transforma sous l’influence de la Révolution, de la Restauration impériale et des guerres extérieures jusqu’à devenir la principale religion du Japon moderne.
Ce document est à mettre en parallèle avec : BUSHIDO, l’âme du Japon (武士道, Bushido?, ou encore Bushido, the Soul of Japan en anglais), ouvrage d’Inazō Nitobe (1862-1933), paru 5 ans plus tôt en 1900 et qui présente le bushido comme le mode de vie et les valeurs des samouraïs.
(cf. Wikipédia : L’ouvrage est publié en 1899 à New York, en langue anglaise1 et à l’attention directe de l’Occident. Le livre se présente comme un développement détaillé des principes du bushido, ancien code moral de la caste guerrière des samouraï, qui a perdu son rôle guerrier lors des 250 ans de paix de l’Ere Edo et qui a été abolie entre 1870 et 1876 par les édits Haitōrei. Inazō Nitobe, lui-même chrétien a suivi une longue éducation en dehors du Japon, présente les samouraïs comme le pendant japonais à la chevalerie chrétienne européenne et fait également de nombreuses références aux philosophies de la Grèce et de la Rome antiques, à la littérature anglo-saxonne, ainsi même qu’à la Bible ou plus épisodiquement au Coran.
Critiques : Le livre a été critiqué comme représentant les samouraïs selon les codes de la chevalerie chrétienne occidentale, ce qui le met en porte-à-faux par rapport au bushido d’avant l’Ere Meiji qui était plus un système de valeurs guerrier fondé sur la valeur plutôt que la morale3,4. Des historiens comme Pierre-François Souyri pointent notamment le fait que Nitobe a écrit son livre alors que les samouraïs en tant que guerriers n’existaient déjà plus depuis près de 300 ans, se basant uniquement sur des ont dits.. Les études historiques tendent à montrer l’absence d’un code moral tel que décrit par Nitobe.
Pour aller plus loin : le terme bushido aurait été utilisé pour la première fois au XVIe siècle, dans les chroniques des campagnes militaires de Takeda Shingen père et fils. D’autres approches sont proposées dans les ouvrages suivants :


Le renouveau français
Le renouveau des arts de combats en France
Sur les prémices de l’arrivée des arts martiaux japonais en France. N’oublions pas que nous avions déjà nos propres arts de combats sur notre territoire, dont vous trouverez ci-après, quelques reportages savoureux, … certainement, une première couche d’un « futur terreau » sur lequel de nouvelles disciplines martiales se développeront plus tard, et où des graines de champions germeront.
Il s’agit bien de disciplines remises au goût du jour dans différents univers, du fait de l’évolution de la société, du progrès technique, d’expériences et essais individuels, d’exploits de personnes audacieuses, célébrés dans des quotidiens nationaux et locaux. Organes incontournables de toute communication, il faut aussi compter sur les affiches et les tracts faisant la publicité de tel évènement, ou encore des lieux dédiés : salles de spectacles, nouveaux espaces sportifs, arrière-cours de troquet, lieux itinérants tels que les foires, les cirques où se déroulaient exhibitions et numéros, ou bien encore le simple bouche à oreille.
Des activités de sports se développaient, et les distractions de départs, curiosités et attractions devenaient challenges, compétitions, spectacles sportifs suscitant de nouveaux intérêts, engouements et passions.
Aller plus loin, aller plus vite, devenir plus fort et peut-être plus beau, parce qu’il a été possible de dominer un animal, un homme, une matière, un territoire … telle est une partie de notre aventure humaine, tout au moins celle que nous connaissons… encore aujourd’hui, celles des conquêtes… ! … conquête personnelle à l’instar d’une quête intérieure ???
Nul besoin de réécrire l’histoire. Le sport, d’une manière générale, prenait son envol, images et documents nous invitent par le biais de personnes plus ou moins connues, à s’y replonger.
Sources :
La Vie au grand air est un magazine illustré sportif français lancé le 1er avril 1898 sous la direction de Pierre Lafitte, d’abord bimensuel puis hebdomadaire. Sa parution est interrompue le 2 août 1914 mais reprend le 15 juin 1916 (n° 829) en devenant trimestrielle, jusqu’au 15 avril 1922. La Vie au grand air, au départ sous-titrée « revue illustrée de tous les sports », est une création du journaliste sportif bordelais Pierre Lafitte, passionné de cyclisme.
la force de la lutte
La période considérée ici est toujours celle du milieu du XIXe siècle, soit un peu avant l’ouverture du Japon en 1853 jusqu’aux années 1910. Le document à consulter (ou même à télécharger) est l’ouvrage écrit par Edmond DESBONNET (le père de la gymnastique et de la culture physique, déjà cité dans les lignes précédentes) et intitulé : « les rois de la lutte ». Vous y découvrirez un ouvrage historique, des lieux de pratiques, et une galerie de prestigieux combattants : de Pujol la pile de pont, à Clément le Terrassier, en passant par Raoul le Boucher !
Évidemment, sur certain territoire spécifique, on pourra également rencontrer des types de lutte particuliers : la plus connue est la lutte gréco-romaine, mais il existe également, la lutte islandaise, la lutte turque, etc. En Bretagne, on pratique encore aujourd’hui « le gouren » qui remonterait au Moyen Âge mais aurait également une origine celtique plus lointaine. Pour le Japon, si l’on a tendance à se référer au jui jutsu comme lutte japonaise, peu de gens connaissaient en définitive la véritable lutte de ce pays : le SUMO, qui apparait pour l’une des toutes premières fois, dans le magazine « La vie au grand air » du 15/07/1904.


De nombreux gaillards fréquentaient les salles de musculation où pouvait se pratiquer la lutte ou la boxe, en qualité d’amateur, de semi-professionnel, ou de professionnel ! Si la ceinture n’était pas encore noire, elle était assurément pour quelques-uns, un objectif… en or… à atteindre

Le championnat du monde de lutte au casino de Paris La VGA du 24/11/1905 Gestes et mouvements des lutteurs Le championnat du monde de lutte
La VGA du 01/12/1905 La VGA du 01/12/1906
Je ne suis pas une brute Les luttes La catch as catch can La lutte japonaise (Sumo)
La VGA du 15/12/1906 La VGA du 05/12/1908 La VGA du 20/02/1909 La VGA du 15/10/1910
La savate et la boxe française, la canne et le bâton
Edmond DESBONNET dans son livre « les rois de la lutte » nous présente dans son introduction quelques combats historiques dont ceux du lutteur Arpin le Savoyard contre un pratiquant de boxe française, Vigneron, ou encore ce dernier contre l’Anglais Dikson spécialisé en boxe anglaise. L’origine de cette boxe à la française est tracée à partir de la fin du XVIIIe siècle, des combats de rues à des formes plus élaborées, où l’utilisation des membres inférieurs (pied baptisé savate) faisait partie intégrante de la panoplie des coups et mouvements d’attaque. Le mieux est de laisser Théophile Gautier nous raconter par lui-même cet art des bas-fonds devenu noble !
Le Maître de chausson, ou le témoignage d’un grand Maître
Le maître de chausson Par Théophile Gautier
~ 1840 ~
Vous avez sans doute vu, si le hasard ou toute autre raison vous a conduit aux barrières, aux Funambules, sur la place Maubert, dans la rue Mouffetard, ou tout autre lieu fréquenté par cette intéressante partie du peuple français que l’on désigne sous les dénominations de gamins, de titis et de voyous, deux champions en attitude, agitant les bras et les jambes avec des gestes bizarres, et prononçant la phrase sacramentelle : « Numérote tes os, que je te démolisse ! » et vous avez passé en détournant la tête, car au bout de quelques secondes le sang jaillissait des nez réciproques, et de larges iris ne tardaient pas à cercler d’auréoles prismatiques les yeux des combattants : - c’étaient des arsouilles qui tiraient la savate. Mais si la curiosité vous pousse à vous mêler au groupe déguenillé qui entoure les athlètes crapuleux, vous entendrez un vocabulaire étrange qui surprendrait beaucoup messieurs de l’Académie. La langue française n’est pas si pauvre qu’on le dit : les malins donnent des conseils et raisonnent sur la valeur des coups. Allons, tape-lui sur la terrine, mouche-lui le quinquet, surine-lui le nez, ça l’esbrouffera ; quand on saigne, ça écoeure. - Est-ce que ta peau n’est pas payée à toi ? on dirait que tu as peur de la gâter. - Huhu ! xi ! xi ! Mords donc ! pousse dessus à mort ! et autres interjections de même farine. L’apparition d’un sergent de ville signalé à l’horizon par quelque vigile hissé sur la hune d’une borne dissipe les acteurs et les spectateurs de ce tournoi d’un nouveau genre.
- Ouf ! dit l’un, je crois que j’ai le brochet décroché ; mais je lui ai joliment labouré la jambe, et mon coup de ramasse était fameux. Je lui ai pelé la grève comme une pomme ; le zeste est venu. Si j’avais su, je lui aurais coulé un saut ou fauché le changement de garde, et il aurait été esquinté à fond.
- Cré-nom ! fait l’autre en rajustant les lambeaux de son bourgeron, que c’est bête de taper sur les effets du monde. C’est égal, je lui ai envoyé un coup de tampon sur le mufle, qu’il ne pourra ni béquiller ni licher de quinze jours. Ho çà ! les autres, qu’est-ce qui paye à boire aux artistes ? J’étoufferais volontiers un polichinelle de bleu ; rien n’est plus salé que de se bûcher : ça vous altère… Allons, Auguste, un petit verre de fil en quatre, histoire de se velouter et de se retomber le torse.
La troupe ne peut qu’opiner du bonnet, et s’engouffre avec un touchant empressement dans la boutique de quelque marchand de vin suspect, portant une enseigne hiéroglyphique, comme : les Ruines de Moscou, l’Insecte volage, la Femme sans tête ou le Puits qui parle ; hideux vestiges oubliés dans les recoins obscurs de la civilisation. Les petites rues tortueuses, les bouges enfumés ont toujours beaucoup convenu aux savatiers ; la Cité, ce ténébreux repaire des truands et des mauvais garçons du moyen âge, a toujours été leur retraite favorite.
Il y a quelques années seulement de cela, lorsque Notre-Dame n’était pas encore veuve de son archevêché, les duels et les tournois avaient lieu à la pointe de l’île, près de ce pont que l’on appelle le pont Rouge, sans doute par ce qu’il est peint en gris : ce lieu désert était propice à vider les querelles qui avaient ordinairement pour motif la possession de quelques Hélène de bas lieu. Les champions arrivaient suivis de leurs témoins et demandaient avant de commencer : « Va-t-on de tout ? »
Selon la gravité de l’offense appréciée par les seconds, la réponse était affirmative ou négative. « On va de tout, » cela voulait dire que l’on pouvait se manger le nez, s’extirper les yeux avec le coup de fourchette, s’arracher les oreilles, et se servir des dents et des ongles ; dans le cas contraire, les coups de pied et les coups de poing étaient seuls permis, différence qui représente assez bien les duels au premier sang et les duels à mort. Quand on allait de tout, les bottes secrètes, les coups de traître, tout était bon. En ce temps de barbarie, des maîtres montraient aux barrières, pour deux sous, les trois coups : crever le tympan, faire sauter le globe de l’œil et couper la langue par un coup dessous le menton.
Tout ceci doit paraître à nos lecteurs, et surtout à nos lectrices, plus inintelligible que du bas-breton, du haut-allemand, du théotisque ou du grec. C’est du grec, en effet, comme on le parlait jadis en Argos, s’il faut en croire les étymologistes de la cour des Miracles et du bagne. Cet argot s’expliquera au fur et à mesure : nous en demandons pardon aux Muses, à l’hôtel Rambouillet et aux salons aristocratiques.
La savate, que l’on appelle aujourd’hui chausson, par euphémisme, est la boxe française, avec cette différence que la savate se travaille avec les pieds, et la boxe avec les poings.
Comme tous les autres arts, la savate a eu son mouvement ascensionnel, ses phases et ses révolutions. Il y a la savate classique et la savate romantique ; le savatier classique est simple comme un tragique du temps de l’empire ; il n’emploie qu’un petit nombre de mouvements : ses coups de pied sont bas, et ne montent guère au-dessus du genou ; ses mains restent ouvertes et portent avec les paumes des coups appelés musettes, qui se rapprochent plus du soufflet proprement dit que du coup de poing. Ces musettes coiffent ordinairement le menton ou le nez. Il ne tient pas la parade, et mouline perpétuellement ; il manque d’assiette, et ne pourrait tenir tête à un adversaire sérieux. Son jeu est tout de tradition et de pratique ; il ne raisonne pas, et la théorie n’est pas son fort. Ce n’est en effet que depuis un petit nombre d’années que la savate a été élevée au rang d’art et de science, et s’est placée dans la hiérarchie des exercices de corps sur le même rang que l’escrime, l’équitation ou la danse.
Un petit traité historique de la savate depuis une quarantaine d’années sera ici tout à fait à sa place. - Les maîtres bâtonnistes de Caen avaient de la célébrité avant la révolution ; cette gloire s’abîma comme tant d’autres dans le gouffre de 95, et il faut sauter jusqu’à l’empire et à la restauration, pour trouver dans la mémoire des plus vieux maîtres les noms des rois primitifs qui constituent la dynastie de la savate. - Fanfan est le Pharamond, le Romulus de cette histoire ; il représente la période héroïque et fabuleuse ; Sabattier lui succéda ; après lui vint Baptiste, ancien danseur à l’Opéra, à qui les exercices de son premier emploi avaient assoupli les jambes, et qui montait les coups de pied plus haut qu’aucun des maîtres contemporains. Baptiste, qui avait conservé un vernis d’élégance et de bonne société, eut l’honneur de travailler avec Son Altesse royale le duc de Berri. Son Altesse se revêtait pour ses exercices d’une espèce d’armure de bras, de poitrine et de jambes en fil de fer treillissé recouverte de bourre et de peau. Mais dans les salles on ne se servait ni de plastron, ni de brassards, ni de jambarts ; seulement l’on tirait le chapeau sur la tête, ce qui ne se fait plus aujourd’hui à cause du développement du jeu. Cette importation de mœurs anglaises était d’une grande hardiesse pour le temps, et malgré cet exemple princier, l’art sublime de la savate, de la canne et du bâton resta confiné dans les classes inférieures. A Baptiste succéda Fanfare, qui tirait la savate et le bâton ; puis vinrent Mignon, Rochereau et Carpe, qui ont laissé de brillants souvenirs dans le monde des salles d’armes et des estaminets.
Les rues où se tenaient les classes n’avaient rien de très-élégant. Le vieux Champagne, ancien marin, demeurait rue Mouffetard, et François avait sa salle rue de la Mortellerie. Quand nous disons salle, nous avons tort ; c’est cave qu’il faudrait. Les assauts avaient lieu effectivement dans une grande cave ; les élèves étaient en général des ouvriers, ou des garnements suspects. Toulouse et Gadou montraient la savate aux maçons de la Grève. Pour le chausson, on tirait les coups bas, les temps d’arrêt à mi-hauteur ; on courait beaucoup et l’on moulinait des bras. Le jeu du bâton n’était pas développé et se composait principalement des coups de bout, de coupés et d’enlevés-dessous. La canne se tirait comme le sabre.
Le jeu développé fut apporté en France par les prisonniers des pontons d’Angleterre : durant les longues heures de la captivité, ils s’étaient beaucoup exercés, avaient travaillé les coups, et, faute d’autre occupation, faisaient assaut du matin jusqu’au soir ; ce qui les rendit les plus redoutables bâtonnistes de l’univers. - La patrie des boxeurs ne pouvait qu’influer heureusement sur leur manière : toutefois le jeu développé resta un arcane entre les plus habiles, et se concentra dans Paris, ce foyer lumineux, ce centre intelligent, qui sait toujours avant tous les autres le dernier mot de l’art ; la province, routinière et fossile, conserva l’ancien jeu. - Vers 1829 cependant, quelques maîtres de régiment développaient, mais c’étaient des Parisiens ; l’art du chausson ne resta pas non plus stationnaire : des novateurs hardis commençaient à placer des coups de poing de bout à l’anglaise, et le temps d’arrêt en pleine poitrine, autrement dit coup de pied en vache, mais bien peu se risquaient à détacher ce coup, de peur de se faire ramasser les jambes.
Toutefois, malgré ces perfectionnements, la savate ne comptait que fort peu d’adeptes fashionables, elle était même inconnue des gens du monde ; seulement, de temps à autre, il courait quelque histoire merveilleuse d’un garnement de mine chétive et de pauvre apparence, ayant à lui seul déconfit tout un peloton de gendarmes extrêmement surpris de se trouver assis en un clin d’œil au beau milieu du ruisseau ; et la Gazette des Tribunaux expliquait comme quoi ce succès, dans un combat inégal, était dû aux passes mystérieuses et aux crocs-en-jambe invincibles de la savate : et chacun dans la rue passait respectueusement à côté de tout individu que sa blouse débraillée, sa casquette posée sur l’oreille, son air crâne et tapageur, pouvaient faire suspecter de connaître les mystères de cet art formidable.
Il est vrai de dire que les maîtres ne brillaient pas par une tenue bien rigoureuse ; la pipe culottée ne quittait guère leurs lèvres que pour faire place aux petits verres de dur ; ils fréquentaient les estaminets borgnes, les rogomistes et les marchands de vin hasardeux ; ils étaient hargneux, violents, tapageurs ; quelques-uns même, fidèles aux traditions de l’ancienne chevalerie errante, consacraient leur canne et leurs poings au service des princesses en désarroi. Ils se constituaient les Amadis et les Galaor des Orianes de la rue Froidmanteau et de la Cité. Leur langage, semé de tropes et de métaphores peu académiques, descendant fréquemment aux familiarités de l’argot, était bien fait pour effaroucher les bourgeois honnêtes et débonnaires, si leur mine rébarbative n’avait pas suffi pour cela. C’est ce qui explique comment un art aussi utile, aussi indispensable que la savate, est resté si longtemps enfoui sous les dernières couches de la populace.
Maintenant les hommes ne portent plus l’épée ; la police défend d’avoir des armes sur soi, et l’on est puni de 15 francs d’amende pour avoir un poignard dans sa poche, ce qui fait que tout homme qui rentre chez lui après la brune est à la merci des voleurs et des assassins qui, risquant d’avoir la tête coupée, se moquent parfaitement de payer 15 francs en sus pour port illégal de poignard ; les cannes plombées, les cannes à dard sont prohibées et saisies par la police aux bureaux du théâtre, afin que les mauvais garnements, hideuses, phalènes nocturnes qui voltigent aux carrefours douteux, aient toute la facilité désirable pour vous dépouiller et vous assommer ; mais vous avez vos poings et vos pieds que l’on ne peut saisir au bureau des cannes, et des poings et des pieds exercés sont des armes aussi redoutables que le casse-tête des Caraïbes ou le lasso des gauchos brésiliens.
Pour notre part, nous regrettons l’épée ; avec l’usage de porter l’épée s’est en allée la vieille urbanité française ; on est toujours poli avec un interlocuteur qui peut vous entrer quelques pouces de fer dans le ventre si vos manières n’ont pas l’aménité convenable. L’abolition du duel achèvera de nous rendre le peuple le plus grossier de l’univers : tous les lâches, sûrs de l’impunité, vont devenir insolents. Et puis c’était réellement pour un jeune homme de cœur une amie sûre et fidèle qu’une épée de bon acier bien trempé et bien franc. L’homme gagnait à ce commerce intime avec le métal ; il en prenait les qualités rigides, la loyauté inviolable, le vif éclat, la netteté incisive ; et cette union tacite était si bien comprise, que le plus grand éloge que l’on pût donner à quelqu’un, c’était de dire qu’il était brave comme son épée. Mais nous sommes dans une époque peu chevaleresque, et la prosaïque savate doit remplacer la jolie épée française, ce bijou aigu, cet éclair d’acier qui du moins brillait dans la nuit avant d’arriver à la poitrine d’un homme.
La savate, comme on la pratique aujourd’hui, est un art très-compliqué, très-savant, très-raisonné ; c’est l’escrime sans fleuret. Il y a la tierce, la quarte, l’octave et le demi-cercle ; seulement dans l’escrime on n’a qu’un bras, et à la savate on en a quatre ; car les jambes dans l’état actuel de la science sont de véritables bras, et les pieds deviennent des poings. Les maîtres placent un coup de pied dans les gencives ou dans l’œil avec beaucoup de facilité : plusieurs même décoiffent leurs adversaires avec le bout du chausson.
Le maître de chausson actuel ne ressemble en rien au savatier ancien : c’est un jeune homme de figure douce et prévenante, le sourire sur les lèvres, qui s’exprime correctement et avec un son de voix perlé. Ses manières sont d’une distinction parfaite ; on le prendrait plutôt pour un professeur d’esthétique et de philosophie que pour un pugiliste ; il fume tout au plus des cigarettes de pape espagnol, comme Georges Sand, et boit de l’eau sucrée comme un orateur. Il ne porte ni cravates rouges, ni gilets violets, ni pantalons fabuleux, ni casquette excentrique ; sa mise est celle d’un fils de famille qui s’habillerait bien. - A l’entendre parler de son art, vous croiriez être en présence d’un savant de l’Institut, faisant des calculs sur l’équilibre et la dynamique : la savate est en effet un calcul très-exact des forces humaines combinées avec la libration et la pondération. Après quelques mois d’étude, on est vraiment surpris de l’énorme puissance que peut acquérir un muscle bien développé et bien dirigé, et l’on s’aperçoit que la nature n’a pas fait l’homme aussi désarmé que le prétendent les philosophes moroses. Des poings bien fermés selon les principes de l’art valent des marteaux de fer
Le maître de chausson fashionable ne néglige rien de ce qui peut perfectionner son jeu. M. Lecour, célèbre professeur, a travaillé avec Adam, le boxeur anglais, le redoutable adversaire de Swift. Cette étude lui a beaucoup servi pour perfectionner les coups de poing qui, à vrai dire, étaient la partie faible de la savate. Les coups droits dans la poitrine ou dans la figure sont fouettés et détachés avec une vigueur rare, et si bien calculés, qu’il ne se perd pas un atome de force ; la vitesse est triplée, et dans moins d’une seconde l’on a placé une série ainsi composée : coups de poing sur le nez, sur l’os maxillaire et dans l’estomac ; ou bien coup de pied bas, coup de pied haut, et coups de poing. Autrefois l’on ne faisait pas de séries, et l’on ne liait pas les coups : un assaut actuel diffère autant d’un assaut ancien pour la difficulté de l’exécution et la hardiesse des poses, qu’un morceau de Herz ou de Kalkebrenner d’une sonate de Steibelt. Il y a dix ans tout cela eût paru impraticable.
On se tromperait beaucoup si l’on représentait les maîtres de chausson comme des gens de carrure athlétique ; ils ne tiennent en rien de l’Hercule et du lutteur : ils sont ordinairement de taille moyenne, ont les extrémités fines et les mains petites. - Plus d’une femme envierait les mains de Swift ; mais ces mains délicates, si elles ont la blancheur du marbre, en ont aussi la dureté ; et, détachées par les puissants muscles des épaules, meurtrissent les chairs comme un caillou lancé par une fronde.
Maintenant que nous vous avons fait l’histoire et l’esthétique du grand art de la savate, nous allons vous introduire dans une salle de chausson, celle de M. Lecour, qui est le professeur à la mode, et qui compte parmi ses élèves les lions les plus chevelus et les plus aristocratiques de l’Opéra et du boulevard de Gand. Vous voyez cette file de cabriolets, de tilburys et de coupés qui stationnent à l’angle de la rue du Faubourg-Montmartre, tout près du boulevard : hâtez-vous, c’est jour d’assaut, et vous auriez peine à trouver place.
La salle d’armes est au rez-de-chaussée, car le piétinement perpétuel serait insupportable aux voisins les plus pacifiques, et les bourgeois proprets partagent la haine de Nicole contre les ferrailleurs et les déracineurs de carreaux : la première pièce sert d’antichambre et de vestiaire ; contre le mur est appliquée une petite fontaine qui fournit de l’eau froide pour tremper les coins de mouchoir, quand il y a des nez compromis à bassiner, ce qui ne laisse pas que d’arriver quelquefois.
La salle est une grande pièce tapissée de coutil, en forme de tente, avec un plancher frotté au grès et à l’eau bouillante, pour que le pied morde bien et ne se dérobe pas. Tout autour sont disposées des banquettes élevées sur une marche qui encadre l’arène destinée aux combattants ; le long des murs sont accrochés les gants de boxe des élèves, portant chacun leur numéro. Ces gants, dont les doigts ne sont articulés que par-dessous, ressemblent à des traversins ; la peau est de buffle et la garniture de crin. Les Anglais remplissent les leurs avec la plume ; mais la plume, plus moelleuse d’abord, ne tarde pas à se tasser en paquets, et devient plus dure que le crin. A côté des gants qui font trophée avec les masques pendent les cannes et les bâtons de longueur.
Les assistants sont rangés au plus près du mur, afin de ne pas gêner les combattants ; et, pour ne pas être atteints, dans leurs coups de grande volée, par les cannes des maîtres qui font assaut, chacun tient en main un bâton dans la pose d’arrêt, ce qui donne à l’assemblée l’apparence d’un chapitre de chanoines assis dans leurs stalles un cierge à la main.
Le costume du maître est très-pittoresque : il consiste dans un pantalon de laine rouge à pieds, demi-collant, serré à la ceinture et tenant sans bretelles, une chemise rayée de violet ou de bleu, une petite calotte pourpre, et des gants de boxe avec des crispins vernis.
L’assaut commence ordinairement par la canne et le bâton. La canne se tire à une seule main, et le bâton à deux mains, comme les espadons et les estocs du moyen âge. Avant de commencer, les maîtres se donnent une poignée de mains, puis ils font le salut. Ce salut, où les maîtres exécutent avec leurs cannes des arabesques plus capricieuses que celles décrites par la bâton du fantastique caporal Tritram, dans le roman humoristique de Tritram Shandy, en faisant des sauts et des pas de voltige (la voltige se fait lorsqu’on est attaqué dans la rue par plusieurs personnes ; la rose couverte, que l’on fait pour salut, est la plus jolie arabesque, dessinée au bâton, que l’on puisse voir ; les voltés, les écarts de cote, les coups de travers pleuvent drus comme grêle) ; ce salut est vraiment très-gracieux et très-élégant. Après cela, les maîtres se mettent en garde, et les hostilités sont ouvertes, les cannes tourbillonnent et s’entrechoquent en pétillant ; quand le coup porte, le vaincu s’écrie : « Touché, bien touché, » et l’on reprend la garde. Comme les combattants n’ont ni masques, ni plastrons, les coups doivent être retenus : ils le sont presque toujours au début de la lutte ; mais quelquefois les adversaires s’échauffent, et l’assaut ne diffère pas beaucoup d’une véritable bataille. Aussi, l’assaut terminé, les combattants s’embrassent pour montrer qu’ils ne se gardent pas rancune, et n’ont aucun fiel dans le cœur. Cette coutume a quelque chose de loyal, de touchant, et doit prévenir bien des querelles. L’agilité et la prestesse des maîtres bâtonnistes sont réellement effrayantes. M. Lecour exécute en une minute des carrés composés de vingt coups sur chaque face, il a même été jusqu’à deux cents coups de bâton à la minute, ce qui est prodigieux ; l’on ne voit pas le bâton, on l’entend seulement siffler.
Les assauts de savate viennent ensuite. Les coups de pied, les coups de poing se suivent et ne se ressemblent pas ; mais ce spectacle n’a rien de repoussant, les mouvements sont si justes, si précis, si bien raisonnés, si bien calculés, que toute idée de douleur est éloignée : on croirait plutôt assister à une leçon de voltige qu’à un combat ; les temps d’arrêt, les coups de pied exécutés par Lecour et son frère, sont aussi gracieux qu’un temps d’arabesque de Perrot, le merveilleux danseur. Les combattants, suspendus au milieu d’un tourbillon de bras et de jambes, semblent ne pas tenir à la terre. Auriol n’est pas plus vif, plus pétulant et plus allègre ; et cependant ces mouvements si prompts, si lestes, sont d’une force prodigieuse : le plus faible de ces coups vous renverserait.
Voici quelques-unes des poses qui se pratiquent. On donne des coups de tête dans la figure et dans l’estomac : pour cela on saisit l’adversaire par le collet ou par la tête, et en l’attirant vers soi on lance le coup.
Si votre adversaire court sur vous, vous placez le coup de tête dans l’estomac, vous lui saisissez en même temps les deux jarrets pour le renverser ; quelquefois, comme une arabesque fantastique, comme ces paraphes à main levée que l’on fait au bout d’une page dont on est content, vous le faites passer par-dessus votre tête, et vous l’envoyez, en manière de fioriture, décrire une parabole derrière vous.
Ce coup, comme toutes les bottes possibles, a sa parade : en l’exécutant, vous pouvez être saisi par la nuque, plié à terre et recevoir sur le nez un coup de genou ou un coup de poing fourré.
Il y a aussi une infinité de moyens pour jeter son homme par terre : le passement de jambe du jarret et le passement de jambe du cou-de-pied. Le premier se pratique en croisant la jambe derrière le jarret de l’adversaire que l’on saisit simultanément par le col ; on tend le jarret vigoureusement, on le pousse, il perd pied, chancelle et tombe ; dans le second cas, l’on pose son pied derrière le talon de son ennemi, on ramène à soi par un mouvement de brusque saccade qui se donne avec le cou-de-pied, et il tombe d’un seul temps. On peut encore très-aisément renverser quelqu’un en lui donnant un tour de clef à la cravate, et en lui passant la main sous le jarret, ce qui lui fait perdre l’équilibre.
Nous écririons un volume si nous voulions indiquer toutes les ruses et toutes les ressources de la savate. Toutes les attaques sont prévues et déjouées. Si un homme vous attaque et vous prend par le collet, vous lui saisissez le poignet à deux mains et vous faites un revers sur les talons : le coude de l’assaillant se trouve placé sur votre épaule ; vous faites une pesée qui lui rompt le bras placé à faux à l’articulation de la saignée. Si un homme très-vigoureux vous entoure de ses bras et que vous ne puissiez-vous dégager, appliquer-lui la paume de la main sur le menton ou sur le nez, pour lui renverser la tête en arrière ; la douleur qu’il éprouvera sera si atroce, qu’il lâchera prise sur-le-champ. On tient aussi la tête de son antagoniste sous le bras en parapluie, et on lui fourre des séries de coups de poing dans la figure. Si, en lançant un coup de pied haut, vous avez la jambe ramassée, faites un revers, et vous tomberez en équilibre sur vos deux mains ; mais le coup de pied dit temps d’arrêt est si vite passé, et son effet est si violent, qu’il n’y a guère de danger de ce côté-là.
Quand ces coups sont portés sérieusement et les mains nues, ils sont de nature à causer des blessures graves et même la mort.
Vous voyez que la savate est une science profonde, qui exige beaucoup de sang-froid, de réflexion, de calcul, d’agilité et de force ; c’est le plus beau développement de la vigueur humaine, une lutte sans autres armes que les armes naturelles, et où l’on ne peut jamais être pris au dépourvu.
Ce spectacle est tellement attrayant, que plusieurs gens du grand monde font dans leur appartement une salle où ils s’exercent eux-mêmes, prennent leçon, et font faire assaut entre les maîtres de réputation. Lecour a fait assaut chez lord S… avec Lose, le premier maître de Bordeaux ; et M. de W… a une salle où se réunissent les élégants de la loge infernale et du Jockey ’s-Club, il y en a une aussi chez M. le duc V… Michel Pisseux a donné des leçons au duc d’Orléans. La savate est désormais désencanaillée, et prendra dans les pensionnats place à côté de la gymnastique et de l’escrime.
THÉOPHILE GAUTIER
Pratiquant d’art martial, comment ne pas être touché par ce témoignage du géniteur du Capitaine Fracasse, retraçant le contexte historique de ces pratiques, peu à peu codifiées, augmentées de rituel (salut) et d’un état d’esprit propre : (sang-froid, réflexion = analyse-observation), « où on ne peut jamais être pris au dépourvu » (vigilance, non rupture…)
Le médecin et physiologiste Fernand Lagange, qui préface le livre de Joseph CHARLEMONT, « l’art de la boxe française et de la canne » publié en 1899, fait l’éloge de cette discipline : C’est que la boxe française, telle que Charlemont l’a modifiée et la professe, n’est pas seulement l’art de la défense personnelle : c’est le plus hygiénique de tous les sports et c’est, de toutes les formes de la gymnastique, celle qui s’adapte le mieux à l’éducation physique du jeune homme et de l’enfant, celle qui développe le plus régulièrement toutes les parties du corps humain, qui perfectionne le plus sûrement toutes les aptitudes physiques… Il prône du point de vue de l’hygiène : la recherche du parfait équilibre des fonctions vitales et du point de vue physique : celui du développement harmonieux de toutes les aptitudes physiques et non pas la prédominance de l’une d’entre elles… et c’est « du ventre », et non des reins comme on le dit parfois à tort, que doit partir un coup de poing bien appliqué ; et les muscles du ventre travaillent aussi pour lancer le coup de pied à hauteur voulue… (… mémo à méditer… !)


Autre point de sensibilité : vous pouvez également vous plonger dans un roman épique de la boxe française, intitulé : « Noble Art ou celui des Maîtres », écrit par notre camarade Pierre Delorme, kendoka et auteur de nouvelles et essais autour du Japon et du sabre. L’action débute en 1867 avec le célèbre Vigneron.
Autres articles à consulter :
La boxe française et ses applications les plus pratiques VGA du 15/11/1898 Au boxing club de France
VGA du 18/03/1899
L’assaut de Charlemont L’assaut de la Boxe française L’assaut du boxing club À travers les salles de Boxe (E. Bayle) À travers les salles de Boxe (Mainguet) Sur le ring : CHARLEMONT
VGA du 23/04/1899 VGA du 18/02/1900 VGA du 18/03/1900 VGA du 14/02/1903 VGA du 29/02/1903 VGA du 09/02/1907

La Vie au Grand Air, n° 233, 28 février 1903. Source gallica.bnf.fr / Musée Air France
le catéchisme des mauvais coups (reportage)
Autre article : Retrouvons Calvet, Raoul le Boucher et ses acolytes dans un moment de self-défense :

Le catéchisme des mauvais coups…
La vie au grand air n° 268
Du 30 octobre 1903
Trucs « d’apaches » et leurs parades La défense in extrémis La défense féminine
La VGA du 08/12/1906 La VGA du 05/01/1907 La VGA du 05/12/1908

Afin de cloître ce chapitre voici 2 ouvrages de 1905 (à consulter et/ou télécharger) pour approfondir ces techniques de self-défense, écrits par Émile André (site Fédération Française des Arts Martiaux Historiques Européens FFAMHE)
- Les 100 façons de se défendre dans la rue sans armes
- Les 100 façons de se défendre dans la rue avec armes
Le préfet de police Célestin Hennion (1862-1915) a modernisé la police française au début du XXe siècle, avec le soutien de Georges Clemenceau (à l’époque surnommé « le Tigre »). Il est le créateur des Brigades mobiles, précurseurs de toutes les forces spéciales (BRB, GIGN, etc.) de la police et de la gendarmerie française modernes.

La vie au grand air n° 254 du 24/06/2003

Le professeur Paul Mainguet n° 277 du 31/12/2003
D’une boxe venue d’ailleurs
On ne peut occulter cette nouvelle boxe réapparue au XVIIIe siècle en Angleterre, où les matchs étaient organisés par des parieurs, basés sur des pratiques ancestrales à mains nues, remontant à l’Antiquité : le pugilat. Ce dernier, avec le Pancrace et la lutte (Orthépale et lutte au sol), faisaient partie des trois arts martiaux pratiqués durant les Jeux antiques.
On cite en 1719, le premier grand champion de boxe à mains nues qui était également maître d’armes : James Figg. Son élève, Jack Broughton, remporta près de 400 combats jusqu’au jour où il tua accidentellement son adversaire. Traumatisé, il codifia en 1743 le combat en une série de règles, lesquelles furent appliquées officiellement en 1838, dans le cadre du London Prize Ring. En 1865, le sportif John Graham Chambers, avec l’aide du marquis de Queensberry, fait à leur tour approuver de nouveaux dispositifs : rendant obligatoire le port de gants de protection, interdisant la frappe de l’adversaire au sol, et instaurant des combats minutés sous la forme de rounds.
C’est en 1899 qu’un Français, Louis Lerda, de retour des États-Unis, tente d’implanter la boxe anglaise en France. Le premier combat a lieu à la salle Wagram à Paris et, le 15 février 1903, la Fédération française des sociétés de boxe voit le jour. Les combats professionnels étant rémunérés, ils attirent de plus en plus de spectateurs.
Déjà mentionnée dans les journaux sportifs, cette boxe en plein essor outre-Manche et outre-Atlantique depuis le milieu du XIXe siècle, et où la renommée de ses champions arrive maintenant en France, est-elle supérieure à celle pratiquée par nos célébrités locales Charlemont et Casteres, maîtres incontestés d’une boxe à la française ?
Boxeur
VGA du 01 avril 1898
L’assaut de Charlemont
VGA du 23/04/1899
Boxe française contre Boxe anglaise (cf. Drikson Versus Charlemont) VGA du 29/10/1899 Le match « (Jeffries // Tom Sharkey) La boxe (cf résumé de l’année 1899)
VGA du 12/11/1899 VGA du 24/12/1899
Une tournée sportive en Amérique. …(Jeffries // Corbett) VGA du 04/03/1900 Les rois du ring Les championnats de Boxe à la salle Wagram La boxe anglaise La boxe La boxe anglaise en France et en Angleterre Boxe anglaise contre jui jutsu
VGA du 19/01/1902 VGA du 07/03/1903 VGA du 14/03/1903 VGA du 29/05/1903 La VGA du 01/12/1905 La VGA du 09/01/1909

La Vie au Grand Air, n° 60, 5 novembre 1899. Source gallica.bnf.fr / Musée Air France
Le plus long combat à Paris a lieu le 17 avril 1909 et dure 49 rounds entre Joe Jeanette qui doit plusieurs fois être « réveillé » à coup de masque à oxygène et Sam McVey qui finalement abandonne après 2h30 de combat.
De la plume à l’escrime : … le cap de l’épée
La Révolution puis l’Empire avaient conservé l’esprit belliqueux des militaires français. En dehors des champs de bataille, des militaires cherchent encore à briller, avec l’espoir que les historiens ou des hommes de lettres relateront leurs prouesses en ville. Dès la seconde partie du XIXe siècle, l’escrime connaît un fort regain avec la création en 1852 de l’École de gymnastique et d’escrime de Joinville. À la fin du second Empire et surtout après 1870, Napoléon III réinstaure l’instruction obligatoire de l’escrime aux soldats : Épée et sabre obligatoires dans la cavalerie, et dans l’infanterie seule l’épée restera obligatoire (le sabre étant facultatif). Les années 1880 marquent également le retour des duels dans la société française et la revue Escrime française mentionnera de nombreux duels entre députés et journalistes. En parallèle, à Paris et en province, de nombreuses salles d’armes se développent, où maitres d’armes et hommes d’expérience officient. En 1882, est fondée la Société d’encouragement à l’escrime. ancêtre de la future F.F.E) par Henry Hébrard de Villeneuve. La pratique de l’escrime apparaît alors comme une œuvre patriotique permettant de régénérer la nation par son éducation virile. Elle constitue, face au puissant voisin allemand, un moyen de réveiller l’héroïsme et d’afficher la supériorité morale de la nation. De plus, c’est la discipline française par excellence. Elle développe des qualités physiques, morales et intellectuelles qui participent à la formation de la jeunesse française.
Les maitres de la littérature française ne sont pas les derniers en s’appuyant avec intérêt, sur cette vogue où honneur, héroïsme et justice triomphent. De nombreuses nouvelles et romans de cape et d’épée sont publiés et popularisés par : Théophile Gautier, Alexandre Dumas, Paul Féval, avec « Mademoiselle de Maupin », « Les trois mousquetaires », ou encore « Le chevalier Lagardère ». Ces derniers fréquentent régulièrement une célèbre salle d’escrime à Montmartre, la salle Grisier. D’autres auteurs tels qu’Edmond Rostand (Cyrano), ou Michel Zévaco (Pardaillan) publieront à leur tour des best-sellers.
Vers 1890, on commence à parler d’escrime sportive et de compétitions. En avril 1891, un assaut au fleuret entre Louis Mérignac et Eugenio Pini est remporté par le Français qui est alors surnommé le « Grand Patron.


Eugenio Pini (Vie au grand air n° 269 du 06/11/1903) Louis Mérignac n° 270 du 16/11/1903
Plus tard, à Paris le 15 janvier 1893, le premier tournoi d’escrime moderne, sera gagné par un officier de cavalerie. Les premiers Championnats de France d’escrime, limités au seul fleuret, se dérouleront en 1897. La compétition en épée apparaîtra durant l’année de l’exposition universelle de Paris en 1900, où se produiront non officiellement les deuxièmes Jeux olympiques de Paris : les épreuves d’escrime, organisées par la Société d’encouragement de l’escrime sur le Champ-de-Mars et aux Tuileries regrouperont 365 tireurs dont 260 Français. Ce sont cependant avec les épreuves d’athlétisme celles qui réuniront le plus grand nombre d’athlètes étrangers. D’autres écoles d’escrime cette fois-ci italienne, hongroise, polonaise ou encore soviétique deviendront par la suite très réputées.


L'affiche reconnue a posteriori comme l'affiche officielle des Jeux de 1900.
Le 25 novembre 1892, à l’occasion du cinquième anniversaire de l’Union des sociétés françaises de sports athlétiques, à la Sorbonne le baron Pierre de Coubertin, historien et pédagogue français, souhaite attribuer une place plus importante à l’éducation physique dans les écoles françaises. Le baron conclut son discours par un appel vibrant à la rénovation des Jeux olympiques. Ce n’est qu’en 1894, dans ce même lieu, que la restauration des Jeux olympiques est entérinée à l’unanimité, en présence de nombreuses personnalités étrangères. En 1896 se dérouleront à Athènes, les premiers Jeux olympiques… puis en 1900, lors de l’exposition universelle à Paris, un « concours international d’exercices physiques et de sports » sera organisé par l’instance dirigeante du sport en France, l’Union des sociétés françaises de sports athlétiques, compromis accepté au final par Pierre de Coubertin. Ce concours sportif de l’Exposition tiendra lieu malgré tout, de Jeux olympiques pour 1900 et comptera comme équivalent de la deuxième olympiade. Conséquences : de nombreux athlètes ignoreront, pour certains jusqu’à leur mort, avoir disputé… des Jeux olympiques !

n°259 du 28/08/1903

n*256 du 07/08/1903

n* 274 du 10/12/1903
Ce ne fut pas le dernier duel de fer ! Voir la chronique déférée 65 ans plus tard
PINI renonce au duel L’escrime à la Préfecture de Police GRECO et KIRCHHOFFER Les gardes d’épée A-t-on peur quand on se bat ?
La VGA du 24/11/1905 La VGA du 02/03/1905 La VGA du 12/01/1906 La VGA du 08/12/1906 La VGA du 23/02/1906
Autres sources et pour aller plus loin :
En garde : Du duel à l’escrime Pierre Lamaze Découvertes Gallimard. Duels: Les temps forts | Le Monde de d’Artagnan (lemondededartagnan.org) Croiser le fer : Violence et culture de l’épée dans la France moderne (XVIe-XVIIIe siècle) - Babelions La Voie de l’épée. Symbolisme du sabre au Japon et en Europe | Institut Iliade (institut-iliade.com) Le symbolisme de l’épée : signification, interprétation (jepense.org)
1889 : les voies souples
La nouvelle « révolution de 1889 », ou l’arrivée des arts de combats souples
De nombreux ouvrages traitent de l’histoire du judo en France et vous trouverez de très bons articles ou reportages sur les sites suivants :
L’histoire du judo en France (judopourtous.com).
Le fondateur du Judo, Jigoro Kano, est envoyé en voyage d’étude en Europe de 1889 à 1891. Il avait auparavant créé en 1882 le Kodokan à Tokyo. Sur ce premier voyage, il fait escale à Shanghai à bord d’un des navires de la compagnie des Messageries Maritimes Françaises, le Calédonien, puis, sur un autre navire, l’Iraouaddy. … autant les montrer !

Le Calédonien

L’Iraouaddy
il atteint Marseille, dans le sud de la France, en octobre 1889. Il y est relaté une démonstration de Judo et de kendo. Sur le chemin le conduisant à Paris, il s’arrêtera à Lyon, où il rend visite au fils d’un ancien élève du Gakushūin, qui étudiait dans un collège de la ville. Cet établissement est la première étude de cas de Kano, sur son parcours d’apprentissage du système éducatif occidental. Il en profite également pour visiter l’église Notre Dame de Fourvière, dont la magnificence le marquera longtemps. Si Kano était un individu laïc dont l’objectif était de transformer la société par l’éducation, il était également conscient de l’importance des religions, qui avaient un rôle unificateur dans la société, lorsque leur pouvoir n’était pas utilisé à mauvais escient. De Lyon, France, il a dit à ce propos : « Comme je connaissais depuis longtemps l’immense force de l’enseignement, j’ai compris que le fait de se conformer à une voie qui dépasse l’humanité, que ce soit celle de l’enseignement ou celle de la religion, témoigne profondément de l’idée que c’est la tâche la plus importante de la vie. » (source : Jigoro Kano, père du judo - Michel Mazac - Budo Éditions, 2014). Arrivé dans la capitale française, il commence à s’imprégner de la culture française et s’installe dans le Quartier latin avec Tsuzuki Keifuku, diplômé de l’université la même année que lui. Au contact de la population, il se rend compte que les rudiments de français qu’il a appris à l’université sont insuffisants pour se faire comprendre. Il entreprend de se perfectionner dans la langue de Molière, tout en visitant les écoles presque quotidiennement pendant deux mois. Il souhaite connaître le système éducatif français, et échange avec les divers experts français et enseignants. Il rencontrera le directeur de l’enseignement général, M. Ferdinand BUISSON, instigateur et défenseur de l’éducation républicaine et laïque, cofondateur de la Ligue des droits de l’homme, et président de la commission parlementaire qui portera les textes sur la séparation de l’Église et de l’État en 1905. Il deviendra bien plus tard en 1927, prix Nobel de la paix ! Durant ce premier voyage en Europe, Jigoro Kano, visitera successivement la Belgique, l’Allemagne, la Suisse, l’Autriche, la Russie, la Suède, le Danemark, les Pays-Bas et la Grande-Bretagne. En Allemagne, à Berlin à la fin de l’année 1889, il louera une petite chambre près de la gare et constatera une fois de plus son piètre niveau en allemand insuffisant. Il se lancera alors dans l’apprentissage de l’allemand. Tout comme en France, et en s’appuyant sur le réseau de Japonais vivant dans ce pays, il s’initie au système éducatif allemand et commence à visiter les écoles autant qu’il le peut. De retour à Paris, il revient sur Marseille en décembre 1890 et repart pour le Japon. S’il observe des différences culturelles parfois décevantes entre le Japon et les pays visités, il se concentre sur ce qui pourrait lui être utile dans sa mission d’éducation. Selon lui, le Japon est à la traîne et la seule façon de rattraper son retard est que son pays s’industrialise. Sans cela, la communication entre l’Est et l’Ouest deviendrait dangereuse. Tout au long de son premier voyage, Kano a été impressionné par le niveau de connaissance des intellectuels occidentaux, même s’il a aussi été quelque fois déçu par leur manque d’adaptabilité, de perspective et/ou d’application pratique. Curieux de la religion, il a été surpris de voir l’écart entre le poids de la croyance et son impact réel sur la société. Certes, les Églises semblaient puissantes, mais à la fin du 19e siècle, elles perdaient clairement leur leadership en Occident. Pour terminer, il a également constaté que derrière la splendeur affichée par les pays européens, il existait, selon lui, un désir de vivre modestement et humblement.
Sources (Extraits de) : La fédération internationale de Judo (IJF)
L’approche anglaise avec le voyage au Japon en 1896, de l’aristocrate Edward William BARTON-WRIGHT, sa rencontre avec Jigoro KANO et son retour à Londres en 1898, permet d’introduire les premiers entrainements basés sur l’apprentissage du ji-jutsu. Le premier dojo créé à Londres, est un club accueillant des gentlemen désirant se renforcer et apprendre à se défendre, au vu de tous les problèmes d’insécurité et/ou d’incivilités existant déjà dans la capitale en pleine transformation urbaine et industrielle. E.W. BARTON WRIGHT réussit à faire venir 3 experts, dont l’un, Yukio TANI, restera en Angleterre. Dans sa démarche, E.W. BARTON WRIGHT mixera le développement de sa pratique avec d’autres arts de combats occidentaux, escrime, boxe anglaise, savate, canne…, s’orientant alors vers un développement du self-défense. Cette forme prit l’appellation de BARTITSU ou BARITSU, du nom de la salle d’entrainement « Bartitsu Academy of Arms and Physical Culture » et du nom de son créateur. Cette salle fermera en 1903, au bénéfice du jiujutsu traditionnel de Yukio TANI (qui se désolidarisera de E.W. BARTON WRIGHT) et des autres arts de combats d’origine.


Sources : Fudoshinkan le monde des arts martiaux ; bartitsusociety.com ;
En France la date officielle retenue est l’année (1905) pour l’apparition de cet art martial : le jui-jutsu. Il n’en demeure pas moins de retrouver quelques prémices, antérieurs à cette date.
Le prêche d’un commissaire
Le commissaire Charles Péchard (1856-1933), auteur du livre ci-dessous : Le jiu-jitsu pratique : moyen de défense et d’attaque enseignant 100 moyens d’arrêter, immobiliser, terrasser, conduire ou emporter un malfaiteur, évoque la venue en 1901 du procureur général de Tokyo en visite à Paris auprès de son homologue français … et d’une découverte de cet art. Fortement impressionné, il publiera cet ouvrage en 1906.






……..
Le papier d’un journaliste
Le sport universel illustré n° 302 du 04 mai 1902 publie l’article ci-dessous :


Un an plus tard, voici enfin les premiers articles avec photos de cette nouvelle discipline japonaise, parus le 9 octobre 1903, dans la presse française sportive de l’époque :
« La Vie au grand air » et la revue « Armes et Sports »
La Vie au grand air est un magazine illustré sportif français lancé le 1er avril 1898 sous la direction de Pierre Lafitte, d’abord bimensuel puis hebdomadaire. Sa parution est interrompue le 2 août 1914 mais reprend le 15 juin 1916 (n° 829) en devenant trimestrielle, jusqu’au 15 avril 1922. La Vie au grand air, au départ sous-titrée « revue illustrée de tous les sports », est une création du journaliste sportif bordelais Pierre Lafitte, passionné de cyclisme.
Armes et Sports est une revue illustrée qui est parue de 1903 à 1916.
L’article d’une vie, aux grands airs des photos (1903)

Cf. copie de l’original trouvé dans le grenier de mon oncle
Il n’était pas aisé d’orthographier ces nouveaux pratiquants :
Les jui-jutsumen, ou jui-jutsusan ou encore jui-jutsusueur ou jui-jutsuiste sont Sadakazu Uyenishi dit (Raku) et Surye Kichi Eida. La première génération de jui-jitsuka japonais arrivée à Londres comprenait Kaneo Tani, Seizo Yamamoto et Yukio Tani, qui avaient tous été invités en Angleterre par le fondateur du Bartitsu, E.W. Barton-Wright. K. Tani et Yamamoto ne restèrent à Londres que quelques mois, mais Yukio Tani resta et fut rejoint par Sadakazu Uyenishi (Raku). Tous deux enseignèrent, firent des démonstrations et concoururent sous la bannière du Bartitsu jusqu’au milieu de l’année 1902. Une deuxième génération d’experts japonais arrivera quelque temps plus tard, tels que Taro Miyake, Akitaro « Daibutsu » Ono et Itsuyo Maeda
… et dans cette nouvelle discipline (tout n’est pas « djiss ») !

Armes et Sports, « La Lutte Japonaise à Paris ». Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
L’année 1905, sera la date retenue pour l’avènement du jui-jutsu en France et du futur judo, au travers d’un célèbre combat : le jui-jutsuka Ernest REGNIER contre le lutteur Georges DUBOIS. La presse s’emparera du sujet, avec de nombreux articles sur cette nouvelle discipline.
Une causerie sur un sport inédit : le « Djiou-Djiss »
Ernest Régnier, qui se faisait appeler Ré-Nié, enseigne en 1904 rue de Ponthieu, à Paris, dans la salle d’Edmond DESBONNET, un mélange de lutte et de Jui-jutsu qu’il avait étudié à Londres avec un autre Français, Jean Joseph Renaud, maître d’armes. Mais que vaut le ju-jitsu face à la boxe française ? Un combat entre Ré-Nié et Georges Dubois doit apporter la réponse : Voici le reportage officiel sur cette première rencontre le 26/10/1905 : « Causerie sur le Djiou-Djiss », reprise et à nouveau racontée lors d’une conférence à la société franco-japonaise de Paris en 1907.

Causerie sur le Djiou-Djiss, conférence du Dr Pierre Rosenthal à la Société franco-japonaise de Paris, 18 mars 1907. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Page 48. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Page 49 d'un ouvrage sur le djiou-djitsu (titre non porté sur la page). Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Page 50 d'un ouvrage sur le djiou-djitsu (titre non porté sur la page). Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Page 51 du même ouvrage, suite des pages 49 et 50. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Son combat victorieux contre le professeur de lutte Georges Dubois, plus lourd que lui, en 1905, contribue à populariser le ju-jitsu. La « méthode japonaise » permet « au faible de terrasser le fort ».

Comment se défendre

Les Secrets du Jiu-Jitsu, orné de 38 planches photographiques (1905)


"Textbook of Ju-jutsu" (1905) re-animated - YouTube
La résistance à la voie de la souplesse
Quelques jours avant cette rencontre, Charles CHARLEMONT, fils du père de la boxe française, essaye de remettre les choses en place. En référence à l’ouvrage publié par le lutteur Nicose Pelters(1) en 1674 (extrait ci-dessous), il affirme que les techniques de Jui-Jutsu étaient déjà connues par les Européens à cette date, et que les Japonais n’ont rien inventé en cette matière !

La Vie au Grand Air, « Le Jiu-Jitsu en Europe au XVIIe siècle ». Source gallica.bnf.fr / Musée Air France
(1)..retrouvé ci-dessous avec l’orthographe Nicolaes Petters

La Vie au Grand Air, planche de gravures accompagnant « Le Jiu-Jitsu en Europe au XVIIe siècle ». Source gallica.bnf.fr / Musée Air France

Charles CHARLEMONT Cf La vie au grand air du 18/02/1904)
Nicolaes Petter (1624 – 1672) est un marchand de vin et un célèbre lutteur. Né en Allemagne, il tient une taverne à Amsterdam sur la Prinsengracht et y dispense des cours de lutte. Mort en 1672, son traité de lutte est publié à titre posthume en 1674, dans deux versions distinctes. L’ouvrage est traduit ultérieurement en français, sous le titre de « L’académie de l’admirable art de la lutte » … et SIGNALONS LE FAIT CI-DESSOUS rapporté : En plus de son métier de tavernier et de professeur de lutte, Nicolaes Petter était renommé pour sa capacité à briser les verres par le simple son de sa voix (jusqu’à 25 en moins d’une demi-heure). C’est du moins ce que rapporte en son temps le philologue Daniel Georg Morhof. « En remerciant l’énergie « cantique » d’avoir diffusé cette information historique d’un lutteur, que d’autres combattants (kendokas) apprécieront certainement ! »
La concurrence du Jui-jutsu chez les experts traditionnels des arts de combats français n’attire pas que de la curiosité, mais également des jalousies, ou encore une franche opposition face à de « nouvelles vérités » touchant l’égo, et le sentiment d’orgueil… national…

Source Les sports modernes {Paris Illustré} du 01/11/1905
D’autres articles à consulter
L’entrainement physique chez les Japonais
La VGA du 18/02/1904
La lutte japonaise (Sumo) Une leçon de Ju-Jitsu » par Tarro Myaki
La VGA du 14/07/1904 La VGA du 06/04/1905
Le jiu-jitsu à la préfecture de Police (Page 10 et 20) Patria la revue illustrée 01/08/1905 Boxe et Jui jitsu IGASHI, le champion japonais
La VGA du 06/10/1905 La VGA du 24/11/1905
Comment on travaille un bras au Japon et en France La VGA du 08/12/1905 Le Jui Jitsu contre la boxe
La VGA du 12/01/1906
Le Jui-Jitsu (page 193 à 196) encyclopédie 1905-1906 Les sports modernes illustrés Historique du self-défense et Jui jitsu
L’historique de La Self Défense - ITBF (itbf-u.be)
Ernest Regnier publie un livre « Les Secrets du Jiu-Jitsu » co-écrit avec un écrivain nommé Guy de Montgrilhard, ce qui a conduit à de nombreuses confusions pour les générations suivantes quant au vrai nom du « Professeur Re-Nie ». Son ouvrage est un recueil assez simple de quelques lancers et verrous de base, plaçant ce livre plutôt dans la « lignée du Bartitsu ».
Le professeur Regnier est également sollicité pour entraîner et former des officiers supérieurs de la police parisienne au combat à mains nues japonais. Il se produira sur scène et effectuera d’autres combats où il sortira vainqueur … ou presque !


Le jui-Jutsu à la préfecture de Paris P 753 et p765 Le journal du Dimanche du 26/11/1905
En effet, parmi les autres combats organisés auxquels il participera (cf. Journal l’Intransigeant du 02/12/1905), Ré-Nié, face au lutteur Bonelli « La terreur des Halles » se retrouvera déstabilisé puis dominé, même s’il réussira au final à s’en sortir de justesse.

Le professeur Ré-Nié eontre un amateur et contre le lutteur Bonelli
Assisterons-nous à la décadence du jui-jutsu, après une brève période, de fortune ? Hier soir, dans un music-hall où Ré-Nié fait chaque soir des démonstrations de la méthode de lutte japonaise, un inconnu s’est présenté et a relevé-le défi perpétuel lancé par le professeur de jui-jitsu à tous les amateurs de luttes. En quelques secondes, Ré-Nié, le front ensanglanté par deux coups de tête adroitement envoyés a été obligé de se retirer devant son adversaire, un certain Victor.
Handicapé par cette défaite, Ré-Nié a eu ensuite à lutter, à Montmartre, contré Bonelli le lutteur bien connu. De l’avis de tous les sportsmen présents, Ré-Nié n’a pas existé une seconde devant son puissant adversaire: Aucun coup de jui-jitsu, du fameux jui-jitsu n’a causé la moindre crainte à Bonelli, qui a eu jusqu’à la fin son adversaire à sa merci. Encore une légende, l’invincibilité du jui-jitsu, de date récente, il est vrai qui s’en va ! Le jui-jutsu devenu acrobatie de music-hall a vécu. Au point de vue spectacle, il n’a pas grand intérêt’ ; Considéré comme un sport de défense, il présente quelque utilité contre un adversaire non averti ou de force égale Après les démonstrations d’hier soir, on ne peut guère lui demander davantage. L’organisation du match de Tabarin était parfaite. Ré-Nié n’était peut-être pas en possession de tous ses moyens, ce qui n’est pas de la faute des organisateurs.
Agréable sport
Dans le même temps où ces matchs se disputaient, Deux japonais Yukio TANI et HIGASHI luttaient en jiu-jutsu à l’hippodrome de l’avenue de Clichy, Yukio TANI a tombé son adversaire par un arrachement de testicules en 2 mn 38 et je m’en voudrais d’insister sur le caractère vraiment sportif de cette rencontre..,Ch. A. Bertrand.,
Si le journal Le Temps du 15/12/1905 continue à faire l’éloge du Jui-jutsu :




… le magazine : La vie au grand air du 29/12/1905, suite aux dernières rencontres, modère son jugement sur la « supériorité du jui-jutsu ». Évidemment, les résultats de ces affrontements que l’on pourrait qualifier de combats M.M.A. (Mixed Martial Arts), font systématiquement pencher la balance du côté du plus fort : avec le « champion du jour » toutes les comparaisons et commentaires possibles, permettent de tirer les conclusions les plus hâtives sur l’efficacité de l’art utilisé et le but atteint… À travers le duel de 2 personnes, on va jauger pour chacun le physique de départ, puis l’art et la technique employée. Comparer viendra à faire « le procès » du modèle devenu le moins efficace ce jour-là… Il sera alors facile de prendre position et d’y jeter son discrédit…
d’une victoire militaire japonaise (1904-1905) à la fin d’un règne en France
Il existe de nombreux ouvrages traitant du conflit russo-japonais rédigés par d’éminents spécialistes, non abordé dans ce document. Cependant, pour rester sur les techniques de combats (de la baïonnette, aux sabres, jusqu’au jui-Jutsu, voici ci-dessous parmi d’autres sources, quelques éléments intéressants « au plus près du terrain » sur ce conflit :
La revue Militaire est un mensuel rédigé par l’état-major français (2e bureau) sur les armées étrangères : on peut y trouver plusieurs comptes rendus traitant de ce sujet : dont « le combat de l’infanterie dans la guerre russo-japonaise (observations et souvenirs personnels d’un commandant de compagnie russe), dont les thèmes abordés sont : L’infanterie dans la zone des feux, un parallèle entre les 2 artilleries russes et japonaises, le combat de nuit, la psychologie du combat.

Dans la même revue n° 938 de janvier 1906 : un rapport américain d’une commission chargée d’étudier les méthodes d’éducation physique à West Point et à l’école navale d’Annapolis : Extrait :


L’attrait pour les choses du Japon ; la victoire de cette nation face à l’ogre russe lors du conflit russo-japonais (08/02/1904- 05/09/1905) ; le développement des activités physiques ; le socle des sports de combats traditionnels ; donnent au Jui-Jutsu ses premières lettres de noblesse en France.
Le faible pouvant remporter le combat face au plus fort, le « jui-justice » rééquilibrerait alors les forces en présence, en tout bien tout honneur.

à chercher, à découvrir et à méditer !!!
Par la pratique, il en résulte que l’esprit de l’homme et son corps physique se renforcent mutuellement, au bénéfice du soi et de cette nouvelle discipline martiale. Durant cette époque industrielle effervescente, la technique est essentielle et apparaît alors comme l’un des moteurs du progrès humain gage de modernité et d’efficacité, de fierté individuelle et/ou collective, ou encore d’instinct patriotique ! Mais l’attendu d’un résultat optimal et immédiat avant toute chose, occulte de nombreuses valeurs précieuses appartenant à ces arts de combats…
L’article ci-après (1908) annonce le déclin progressif de cette discipline.

Ré-Nié : La fin d’un règne ou la faillite du jiu-jitsu
Ré-Nié termine sa carrière de jiujitsu en décembre 1908, après avoir été vaincu par le Russe Ivan Paddoubny. Adversaire de taille et de poids, Paddoubny détient un palmarès éloquent : c’est l’un des lutteurs professionnels les plus célèbres du monde, avec 4 titres mondiaux dans cette discipline (la lutte gréco-romaine) de 1905 à 1908. On dit de lui qu’il n’a jamais perdu une seule compétition en quarante années de pratique.


Le 02/01/1909
3.5.) Autre Français initié au Judo
Si le Kodokan a été fondé en 1882, il semble que très peu de Français (militaires ou non) aient été initiés aux arts martiaux japonais durant cette période. On trouve cependant bien plus tard en 1908 au Japon, la trace de l’enseigne de vaisseau Le Prieur, le premier élève français formé au Judo Kodokan. Envoyé au Japon par le ministère de la Marine nationale en 1903, cet homme, passionné de sports de combat, étudie pendant plus de deux ans toutes les techniques de défense. Il pratique d’abord le Ju-Jitsu dans des petites salles où il est le seul étranger. Peu après, il est initié au Judo par J. Kano et S. Yokoyame. Il s’entraîne au Kodokan et apprend la langue japonaise. Sa thèse de fin d’études est consacrée à la traduction d’un livre sur le Judo, livre remarquable et aujourd’hui introuvable.



À son retour en France, Le Prieur abandonne le Judo faute de partenaire judoka. Ré-Nié est oublié. Un dernier amateur, le professeur Gasquet, tente d’enseigner une méthode sérieuse. Il doit renoncer. Conséquence : pendant plus de 10 ans les défenses orientales n’ont pas d’animateur. Il faut attendre 1924 pour assister à une nouvelle tentative d’implantation du Judo en France, avec l’arrivée de K. Ishiguro, 5e dan du Kodokan. Il vient rejoindre dans la capitale H. Aida qui enseigne depuis peu le Ju-Jitsu au Sporting-Club. K. Ishiguro installe un petit dojo de 10 m² près de l’Observatoire et s’entraîne avec ses amis japonais. Il reste en Europe plus de 10 ans, formant quelques élèves français, sans réussir à implanter sérieusement un sport dans lequel il ne cherche que des satisfactions matérielles.
Humour de faim
HUMOUR DE FAIM
Pour terminer ce périple sans poids ni aucune mesure :
Même au beurre noir, si les épinards « Bon duel », avaient été expédiés à la place des petits pois « Casse grains » (exportés en 1904-1905 à l’armée russe sur le champ de bataille), cela n’aurait certainement pas beaucoup changé le cours de l’histoire … ! … ni pour ce dernier match entre PADOUBNY et RENIE où en définitive, les carottes étaient déjà cuites !
(Bonduelle entreprise française créée en 1853 (Cassegrain entreprise française créée en 1856)

Épilogue
EPILOGUE
C’est une première fenêtre qui se referme sur les arts de combats, avec le Jui-Jutsu, première discipline japonaise importée en Europe puis en France. Délaissé par le public, il s’efface peu à peu des sphères publiques et privées, sachant que d’autres évènements vont venir préoccuper les Français et ternir leur vie quotidienne (la guerre 1914-1918 et la crise de 1929). Ce n’est qu’au début des années 1930, que quelques élèves de Jigoro Kano commencent à enseigner le judo à Paris, de façon confidentielle et à un public limité. Le Maître lui-même (qui parle anglais, allemand et français) se déplacera plusieurs fois dans la capitale.
C’est à Paris et en 1934 que les choses bougent avec la rencontre décisive entre un brillant physicien juif ukrainien (Moshe Feldenkrais) établi en France et Jigoro Kano en voyage en Europe. Feldenkrais sera le vecteur décisif de la diffusion du judo, en tant que discipline désormais émancipée du jiu-jitsu, auprès de l’élite intellectuelle et universitaire française où il a beaucoup de connaissances. Le Japonais Kawaishi (4e dan), formé au Kodokan, arrivera à Paris en 1935 et prendra en main le développement technique. D’autres éminents professeurs japonais participeront à cette tâche et l’un de ces maîtres : Minoru Mochizuki initiera l’un de ses élèves : Jim Alcheik, au Kendo dans les années 1950.
Sources à consulter Les pratiques martiales japonaises en France | Cairn.info
Sources et crédits
Les documents reproduits proviennent du recueil Histoire, culture et archives sur les arts de combats — Livre 1, rassemblé par Vincent Guadarrama. Les pièces d'époque sont notamment issues de La Vie au Grand Air (1898-1910), du Petit Parisien, du Temps et des collections numérisées de Gallica / Bibliothèque nationale de France.
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